L’Equipe de France Espoirs de foot hier soir (29 mars) contre la République Tchèque, un championnat du monde de boxe le 2 avril… Direct 8 affirme et confirme sa volonté d’inscrire le sport durablement dans sa grille. Et ça marche puisque le foot, par exemple, réalise d’excellentes audiences.

Entretien avec Thierry Cheleman, le directeur des sports de la chaîne qui nous explique le positionnement de Direct 8 en la matière, ses satisfactions et ses projets parmi lesquels un talk show animé par Alexandre Delpérier et Cécile de Ménibus.

« Nous n’étions sûrs de rien concernant le succès d’audience des féminines »

- Vous venez d’enregistrer de beaux scores d’audience pour les rencontres de foot de l’équipe de France espoirs et féminine. Vous attendiez-vous à de tels succès ?

On a connu en effet de très bonnes audiences car avec les Espoirs on frôle le million de téléspectateurs de moyenne pour France-Espagne (3-2) qui n’est qu’une affiche de match amical. C’est extrêmement encourageant. Depuis trois ans, Direct 8 a beaucoup misé sur le football avant même d’avoir les droits des espoirs et des féminines. Et quand l’offre de la FFF est tombée, on s’est dit que c’était vraiment l’occasion de presenter ces équipes de France à un plus grand nombre de téléspectateurs qu’elles n’en attiraient sur Canal ou Canal+Sport. Ensuite, pour susciter l’intérêt des téléspectateurs, nous avons insisté sur la notion d’accompagnement. On l’a fait avec la FFF d’abord en investissant dans les moyens de production pour la retransmission des matchs. On a travaillé avec un réalisateur reconnu, François Lanaud et une belle équipe de journalistes consultants avec Alexandre Delpérier, Vincent Guérin et Jezabel Lemonier sur le bord du terrain. Et puis nous bénéficions de la complicité des sélectionneurs de ces deux équipes Eric Mombaerts et de Bruno Bini.toujours disponibles. Mais autant nous étions confiants concernant les espoirs, nous n’étions sûrs de rien concernant le succès d’audience des féminines. C’était un pari, mais c’est ce genre de pari qu’une chaîne de la TNT généraliste comme la nôtre se doit de tenter. On a commencé à diffuser des matchs de l’équipe de France féminine l’après-midi où on attirait entre 300 et 400 000 téléspectateurs, ce qui était très bon, assez significatif, puis on a tenté le prime time et là on a réuni près de 800 000.

- Comment expliquez-vous le succès du foot féminin ?

Avec les Espoirs, on a commencé à raconter une histoire. On a fait la même chose avec les féminines en proposant des sujets dans la presse, des bande-annonces, des spots radio, et on a travaillé le rédactionnel pour sortir du cadre purement sportif et présenter les joueuses dans celui de leur club, de leur quotidien, etc… et puis il y a aussi le niveau jeu qui est séduisant. Je m’en étonnais auprès de François Lanaud en régie car j’étais très surpris de la vitesse de jeu. En fait m’a-t-il dit ce n’est pas que ça joue vite, c’est juste qu’il n’y a presque pas de temps morts, et cela donne des matchs agréables à regarder, fluides. Et les filles ne discutent jamais les décisions de l’arbitre contrairement aux garçons. Elles tombent, se relèvent et jouent. Il y a peu d’arrêts de jeu et le niveau des joueuses a vraiment évolué.

- Vous suivez les féminines et la coupe du monde sera diffusée ailleurs (Eurosport), ce doit être un peu frustrant non ?

Effectivement, nous n’avons pas la coupe du monde 2011 qui se déroulera en Allemagne (26 juin-17 juillet) car la Fifa l’avait mise dans le package des droits des compétitions masculines. De toute façon, lorsque nous avons acquis les droits du foot féminin, les droits des coupes du monde avaient déjà été attribués. En revanche, concernant les espoirs, s’il n’y a pas de coupe du monde, il y a un championnat d’Europe dont nous avons acquis et diffusé les deux dernières éditions, malheureusement la France n’était pas qualifiée. Pareil pour 2011 au Danemark. Mais il y a une très belle génération qui arrive et on espère qu’elle sera qualifiée en 2013, en Israel.


« Le sport intéresse beaucoup mais nous restons une chaîne généraliste avant tout »

- Le foot est indispensable pour une chaîne qui se veut généraliste comme Direct 8 et ce quel que soit le produit ?

Oui, bien sûr. C’est le sport le plus populaire, le moins segmentant. De plus, vu la prestation et l’attitude de l’Equipe de France A lors de la dernière coupe du monde, cela a mis en avant naturellement les espoirs et les féminines qui, eux, se comportent parfaitement. Aujourd’hui Laurent Blanc tente de remettre de l’ordre dans tout ça même si je dois avouer que la sélection de Ribéry et d’Evra nous replonge quelques mois en arrière dans l’ambiance de cette coupe du monde. On ne parle que d’eux. Etait-ce indispensable de les rappeler ?

- J’imagine que le marché des droits télé dans le foot est aujourd’hui très limité, que tout a été acheté à droite à gauche. Vous y conservez toujours un oeil ou vous contentez-vous de vos produits ?

Notre socle stratégique est déjà important car les espoirs c’est déjà 10 matchs et autant pour les féminines. Ca représente déjà des droits fort pour la chaîne et identifiant surtout. On sait que les espoirs et les féminines c’est sur Direct 8. Maintenant, nous sommes toujours attentif à ce qui se passe et on est assez réactif pour accrocher un tour préliminaire d’Europa Ligue, par exemple, qui nous a permis de diffuser le PSG au mois d’Aout. On regarde aussi les compétitions comme les tournois amicaux comme celui de Marrakech, qui nous a encore permis de diffuser le PSG. Et tout ça a très bien marché en audience. Le foot intéresse toujours, y compris les matchs amicaux lorsqu’il s’agit de montrer une de nos bonnes équipes françaises comme le PSG, Marseille, Lyon.

- A une époque vous aviez acquis le championnat de National, dans un lot. Aujourd’hui vous l’avez laissé à France 3 Régions et Eurosport sans l’exploiter. Pourquoi ? Pas assez fédérateur d’audience ?

Avec la FFF, on a d’un commun accord décidé en effet de sous-licencier le foot National pour le vendre à France 3 régions et à Eurosport où il est désormais vraiment bien à sa place. On ne l’a pas exploité car cela aurait fait des audiences vraiment insuffisantes pour une chaine de la TNT. Or, aujourd’hui, avec l émergence de la TNT et une très forte concurrence, on ne peut plus se permettre de mettre des programmes qui ne soient pas forts. Il nous faut désormais davantage de droits dits Premium, destinés à attirer le plus grand nombre, c’est-à-dire entre 800 000 et un million de téléspectateurs.

- Suivez-vous avec intérêt l’actualité et l’avenir d’Orange Sport, histoire de voir si des droits ne seraient pas à récupérer ?

Comme tout le monde, on suit bien sûr ce qui se passe chez Orange comme on regarde ce qui se passe sur l’ensemble du marché des droits et des concurrents télé. Aujourd’hui, le sport sur Direct 8 c’est moins de 5% du temps d’antenne et 30% des retombées media de la chaine. Le sport intéresse beaucoup mais nous restons une chaîne généraliste avant tout. Et puis n’oubliez pas qu’au-delà du football, nous développons fortement la boxe.

« On se donne deux ans pour remettre la boxe au premier plan »

- J’allais y venir. C’est la tendance du moment avec le retour de la boxe sur L’Equipe TV, MCS, W9 parfois, Orange Sport, ESPN Classic et chez vous. On la croyait pourtant mourante à la télé ces dernières années ?

Jusqu’à présent la boxe était l’apanage de Canal+ qui a fait beaucoup pour ce sport avant de s’en désintéresser assez récemment. Soit. Mais les valeurs de ce sport me plaisent énormément et les champions ont toujours des histoires incroyables à raconter, des destins, des vies qui méritent d’être racontées. Et je crois qu’en proposant la boxe sur une chaîne gratuite, il fallait nous concentrer sur les champions français dont certains défendent des titres de champion du monde, et dans des catégories dites reines, les plus spectaculaires, des poids moyens aux poids lourds. Et nous suivrons ces champions grâce à un partenariat avec deux promoteurs, la ville de Levallois et Sébastien Acaries.

- Et ça marche en audience ?

Oui, mais il faut préciser que la boxe est un programme de deuxième partie de soirée c’est-à-dire que l’on diffuse autour de 23h. Mais on peut rassembler 400 000 téléspectateurs, voire 500 000, ce qui est très bien à cette heure-là. On s’est donné deux ans avant de tirer le bilan de ce pari. Et de la même façon qu’avec le foot, on va accompagner ce sport par des opérations médias, des reportages, des clips qui ne seront pas des bande-annonces traditionnelles, etc. Il faut redonner goût à la boxe au public et lui expliquer la complexité des différentes fédérations, différentes catégories, etc. Et il nous faut enfin des champions emblématiques. La France commence a en avoir quelques-uns à nouveau. Et puis, comme pour le foot, nous avons une superbe équipe de journalistes consultants avec Alexandre Delpérier, Mayar Monshipour, Saïd Tagmahoui, acteur passionné de boxe, et Bertrand régis-Louvet, journaliste du Parisien lui aussi passionné. J’apprends des quantités de choses avec eux grâce à leur culture.

- Le prochain combat ?

Ce sera le samedi 2 avril à 22h30, avec un formidable champion, Hassan N’Dam, 27 ans, qui remettra en jeu, au Cannet, sa ceinture de champion du monde WBA poids moyens. On se donne donc deux ans pour remettre la boxe au premier plan. Deux ans, c’est pas mal, ça peut faire une douzaine, une quinzaine de réunions. Pour résumer donc, je suis un directeur des sports heureux avec le foot, la boxe, sans oublier le rallye WRC avec Sébastien Loeb que l’on présente sous forme de résumés à 20h35. On a ce qu’il faut, tout en restant à l’affut de bons coups, mais l’objectif est d’abord de bonifier nos produits existants.

- Pas de droits sportifs nouveaux donc, mais au niveau magazine sportif, des projets ?

Oui, on en a un, celui d’un talk show de sport, prochainement, qui sera animé par Alexandre Delpérier et Cecile de Ménibus que nous aimerions programmer la veille de week-end par exemple, avant les grandes journées de Top 14, de Ligue 1, de sports mécaniques, etc.

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Vincent Rousselet-Blanc

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