D’Automoto à F1 à la Une, Marion Jolles, 29 ans, est présente chaque semaine sur l’antenne de TF1. Mais connaissez-vous pour autant cette journaliste qui brille autant par sa discrétion dans les médias, son charme et son professionnalisme ? Pas sûr. Alors, à l’aube, dimanche 27 mars, du premier Grand Prix de Formule 1 de la saison en Australie (calendrier), nous avons donc sollicité Marion pour un long face-à-face au cours duquel cette passionnée ne s’est dérobée à aucune question, pas même à celles concernant l’autre émission qu’elle anime sur la chaîne, Confessions Intimes. Et toujours avec le sourire. Interview…fleuve…comme d’habitude.

« L’un des journalistes les plus importants du circuit est une femme »

Allez, la question « beauf » du jour: dans un milieu où tout semble esthétique et glamour (monoplaces rutilantes, pilotes playboys, hôtesses sexy), la beauté est-elle un critère pour devenir journaliste F1 ? (elle rit)

Non, bien sûr. Sérieusement, la F1 regorge de femmes journalistes depuis longtemps et, moi comme elles, nous ne sommes pas sur les circuits pour jouer les poupées. Mais il est vrai que le milieu a énormément évolué. Dans les années 90, on avait des Mansell, Senna, Prost, même Damon Hill, plutôt des bons pères de famille, mais pas des Jenson Button ou des Lewis Hamilton, qui sont des gravures de mode et extrêmement glamour. Nous sommes dans l’ère de l’image, du people et la F1 est aussi, en partie, un milieu de luxe, d’argent. Mais c’est aussi l’image que veulent faire passer les médias pour faire rêver les gens.

C’est pourquoi, sur TF1, il y a eu Karen Minier, puis Anne Laure Bonnet, et vous maintenant ? Que des jolies femmes…

Peut-être mais en tout cas ça ne change pas notre métier au quotidien. Ce n’est pas parce qu’on va faire 90-60-90 et qu’on sera blonde aux yeux bleus qu’on va avoir plus facilement Marc Webber ou Lewis Hamilton en interview !

Ce qui n’empêche pas certains d’attribuer des titres comme celui de la plus jolie journaliste du paddock…que vous avez remporté en 2010 !

(rires) C’est le journal allemand Bild qui l’a attribué, il n’y a rien d’officiel. Les Allemands aiment bien ce genre de classements.

Ca fait quand même plaisir non  ?

Ma première réaction a été d’en rire. Maintenant, je ne vais pas dire que c’est lamentable ou pathétique, car évidemment ça fait toujours plaisir, mais franchement, c’est anecdotique. J’aurais préféré être élue la journaliste la plus intelligente (rires). Mais bon, il n’y a pas cette catégorie là chez Bild. Voilà c’était un petit clin d’oeil, un petit jeu de leur part, ça fait partie du folklore du milieu.

« Mon métier c’est transmettre de l’info et des émotions, pas de raconter ma vie »

Vous êtes à l’antenne chaque semaine, mais lorsque l’on fait des recherches sur vous, on ne trouve que très peu de choses. C’est une volonté de ne pas trop vous exposer médiatiquement ?

Mon métier, mon envie, c’est de transmettre des informations et des émotions aux téléspectateurs. C’est pour ça que j’ai choisi le sport, c’est pour ça aussi que j’ai voulu être journaliste. Maintenant, je ne participe pas à l’événement, je ne suis que le lien entre le téléspectateur et l’événement. Par conséquent, savoir ce qui se passe dans ma vie privée n’a que peu d’intérêt, je ne suis pas là pour raconter ma vie. Je ne suis ni chanteuse, ni actrice, comédienne ou sportive de haut niveau, je n’ai donc pas besoin de contribuer à ce phénomène « people » dans lequel nous vivons. Je cherche juste à transmettre ce qu’on ressent et ce qu’on vit sur le terrain. Je fais juste mon métier.

La Formule 1, n’est-il pas un milieu où l’on s’attend à voir les hommes prendre la parole ?

L’un des journalistes les plus importants du milieu est à l’Equipe, qui est quand même la bible, et c’est Anne Giuntini, une femme. Elle est là depuis 25 ans. Je pense que ça veut tout dire. Franchement, sur les circuits de F1, je ne sens pas de clivage ou de misogynie. Peut-être plus dans les compétitions de catégories inférieures quand j’ai débuté, mais pas là. En Formule 1, nous devons être 500 journalistes et il y a plein de femmes. Ce qui se comprend car le milieu a évolué. On voit arriver des petits mecs de 19-20 ans comme Vettel, un peu glamour, un peu stylés, qui font fantasmer les adolescentes. Par ce biais, il y a certainement plus de jeunes femmes qui s’intéressent à la Formule 1.

« Quand Senna a disparu, j’ai cru perdre quelqu’un de ma famille »

Vous ne vous appelez pas Laffite (en référence à Margot, la fille de Jacques Laffite, qui animera « Dimanche F1″ sur Eurosport – voir interview),vous n’avez pas baigné dedans depuis toute petite. Quel a été le déclic qui explique votre arrivée dans le monde des sports mécaniques ?

J’ai découvert la Formule 1 quand j’avais une douzaine d’années grâce à mon frère. Il était parti faire son service militaire et m’avait énormément manqué tout ce temps. Quand il en est revenu, je le collais aux basques 24/24, genre la petite soeur abominable (rires). Puis un dimanche, il s’est mis devant un grand prix et m’a dit « ça ne va pas t’intéresser, c’est un truc de mecs, je vais souffler devant ça, va jouer aux poupées etc… », du style « lâche moi un peu ». Je ne l’ai pas lâché, j’ai regardé le grand prix avec lui. C’était en 1993, à l’époque de Prost. Et là je suis tombée en admiration devant le spectacle, devant Alain Prost. C’était un peu mon effet coupe du monde 98 à moi. Ce côté « allez la France », « allez Prost » qui se bagarrait contre Senna me plaisait énormément. Je n’avais jamais mis les pieds sur un circuit de ma vie, mes parents n’étaient pas du tout dans ce milieu. Et je me suis mise à regarder toutes les courses, les séances de qualifs, j’étais subjuguée par ça. Quand Senna a disparu, comme je n’avais jamais perdu mes grands parents ou quelqu’un d’autre, j’avais l’impression que c’était quelqu’un de ma famille qui avait disparu. J’avais douze ans, j’ai pleuré, ça avait été un vrai choc, assez violent.

Et le journalisme, c’est venu quand ?

L’idée de devenir journaliste est née peu à peu, mais sans plus. Puis en 1998 la France est devenue championne du monde de foot. Et là, c’était tellement énorme que j’ai vraiment su que je voulais devenir journaliste sportive, pour vivre ces moments là, les faire vivre, transmettre ces émotions. C’était devenu comme une évidence. Pas spécialement dans le sport auto au début. Comme je suis curieuse de tout, touche à tout, c’est la profession de journaliste qui m’attirait. Le sport automobile m’intéressait bien sûr, je regardais « Automoto » quand j’étais gamine, je me levais à 4h du matin pour suivre les grands prix. Quand je suis arrivée pour la première fois à TF1 pour travailler à « Automoto »… (elle part des ses pensées) Je m’en rappellerai toute ma vie !

On me regardait de la tête aux pieds en disant : « c’est ça Motors TV ? »

Mais vous n’êtes pas arrivé directement à Automoto

Non, j’ai fait un bac scientifique, ensuite hypokhâgne, un peu le grand écart donc, et après je voulais faire de l’anglais. J’avais deux passions dans la vie : le sport auto et la littérature américaine (rires). Une fois tout ça fait, je suis partie étudier un peu au Canada et, en rentrant, je me suis inscrite en Dess de journalisme bilingue à la Sorbonne, tout en commençant à envoyer des candidatures spontanées un peu partout pour obtenir des stages de journaliste. C’est comme ça que j’ai commencé à Sport OFm, une petite radio peu connue à l’époque, avec un stage d’observation. Puis j’ai travaillé un peu à M6, à France Télé. Au fur et à mesure, de stagiaire je me suis mise à remplacer des journalistes qui partaient en vacances. J’ai fait mes premières piges, et j’ai atterri à Eurosport France et à Eurosport international où j’ai fait à la fois du journalisme et de l’édition. Puis j’ai vraiment connu le terrain pour la première fois à Motors TV. J’en ai de ces souvenirs… Quand je me déplaçais, on me regardait de la tête aux pieds en disant : « c’est ça Motors TV ». (rires) Une fille qui débutait dans les petites compétitions, c’était un peu particulier.

Tant que ça ?

Oui, car tout le monde voyait bien le trac terrible sur mon visage. On voyait bien que ma hantise était de réussir mon reportage. Je partais avec trois cadreurs, des mecs costauds (elle mime leur taille), je devais décider de tout, dans quel virage se mettre, comment filmer la course, j’espérais avoir les bons passages, être au bon endroit, au bon moment, pour réaliser les résumés de course, etc… On montait des douze minutes en un rien de temps, alors qu’à « Automoto » j’ai une journée pour monter trois minutes. C’était un rythme très soutenu. Comme c’étaient les premières fois pour moi, j’étais extrêmement stressée. Je posais un milliard de questions à tout le monde, j’étais dans les pattes de tout le monde 24h sur 24, donc l’accueil pouvait être assez particulier. Certains rigolaient en se demandant d’où je débarquais, d’autres ont été fantastiques avec moi. Mais c’était une école formidable. Et je me suis peu à peu investie à Eurosport France jusqu’à ce que TF1 vienne un jour me chercher pour travailler sur « Automoto ». C »était en 2005. Et en 2009 je suis arrivée sur F1 à la Une aux côtés de Denis Brogniart.

« Je voulais devenir vétérinaire »

Le fait de ne pas être du sérail, de n’avoir aucune expérience de pilote, n’était-il pas un handicap ?

Non car il ne faut pas confondre journaliste et consultant.Tous les journalistes qui écrivent sur le foot n’ont pas été professionnels. Moi on me demande pas d’avoir été championne. Je suis journaliste, je n’ai pas le même rôle qu’un consultant spécialisé.

Et le pilotage, vous vous y êtes mise ?

(Grand rire, les yeux levés au ciel)… Non. J’ai fait un petit peu de kart quand j’étais gamine. Et je n’étais vraiment pas douée. Je me suis mise un peu au pilotage sur glace et j’ai adoré ça. J’aimerais avoir le temps d’en faire un peu plus, mais c’est difficilement compatible avec mon emploi du temps. Et, sur Paris, c’est un peu compliqué (rires) Mais, non, je ne ferai jamais de compétition. Juste par plaisir.

C’est paradoxal d’être passionnée depuis le plus jeune âge par un sport mécanique et ne pas avoir tenté de le pratiquer.

Oui, en fait, ma passion pour les courses de F1 était plus un passe-temps. C’est vraiment le métier de journaliste qui m’a fait rêver. Et j’ai surtout eu la chance que le rêve devienne réalité. Et ce n’est pas une formule toute faite : quand on a 14 ou 15 ans et qu’on se dit « quand je serai grande, je serai journaliste », on ne sait pas réellement ce qui se cache derrière ce terme de journaliste. J’aurais pu être déçue par ce métier. Par exemple, au début, je voulais être vétérinaire. Mais quand on habite à la campagne et qu’on est une fille, il faut être costaud pour faire ce métier. Et si on le pratique en ville, on passe ses journées à faire des vaccins aux chiens et aux chats. J’ai fait un stage chez un vétérinaire et, au bout d’une journée, je me suis rendue compte que le rêve et la réalité ne collaient pas. Alors que dans mon métier de journaliste, je continue de rêver chaque jour.

« Pour avoir Michael Schumacher en interview, il faut le demander un an à l’avance »

N’avez pas le regret de ne pas avoir exercé votre métier à l’époque des Prost, Senna et compagnie ?

(elle relève les yeux au ciel) : ouiiii, en effet. D’après tout ce que peuvent en raconter les autres journalistes, il est évident que ce devait être une période de rêve. Surtout que c’est celle qui m’a rendue fan. J’avais un poster d’Ayrton Senna accroché dans ma chambre à l’époque où toutes mes copines avaient les 2B3 et les Worlds Appart. A l’époque, le milieu de la F1 était beaucoup moins fermé, les pilotes étaient plus abordables, on pouvait se dire « tiens, ce midi, je déjeune avec Prost ». Aujourd’hui, ce n’est absolument plus le cas. Pour avoir Michael Schumacher en interview en tête-à-tête, il faut le demander un an à l’avance. C’est le premier à vraiment avoir été starifié, à avoir son attaché de presse personnel. Et ça commence à se généraliser. Sebastian Vettel a lui aussi son attaché de presse personnel, Fernando Alonso aussi… ça multiplie les barrages entre eux et les journalistes.

C’est pire que dans le foot alors…

Oui, mais c’est aussi parce qu’ils ne sont que 26 pilotes dans le monde. Un Shumacher, il n’y en a qu’un. Même si on peut se dire qu’on n’a qu’un seul Zidane, les stars dans le foot sont bien plus nombreuses. Là, la presse du monde entier tente de s’arracher les interviews de seulement 26 pilotes de F1. C’est hélas un milieu très élitiste.

Pourquoi, hélas, c’est justement cet aspect élitiste qui fait rêver non ?

Oui, mais lorsque l’on voit nos pilotes français qui, par manque de moyens financiers, ont du mal à arriver en F1, cette élite n’est pas toujours synonyme de qualité. On se demande si certains pilotes sont là par leur talent ou grâce à leur porte feuille. Certains pilotes français qui ne sont pas en F1 ont largement le niveau de certains autres qui sont sur le circuit. On avait, par exemple, Alexandre Prémat qui était un immense espoir français, qui a été le meilleur équipier de Lewis Hamilton, à l’époque où ils étaient en GP2 et il n’a jamais pu arriver à franchir la marche supplémentaire, sauf au GP de Chine, où il a effectué ses débuts en Formule 1 mais en tant que pilote du vendredi pour le compte de l’écurie Midland-Toyota. On espère en voir un arriver en F1 en 2012, mais ça semble compliqué : on n’a plus de pilotes, on n’a plus d’écuries, on n’a plus de circuit non plus. Autre exemple, quand on voit le jeune pilote Allemand Nico Hülkenberg qui, malgré une saison honnête l’an dernier chez Williams, se fait remplacer par le Vénézuélien Pastor Maldonado qui apporte 30 millions d’euros. On peut se poser des questions sur son talent ou son argent, non ?

Ca déprécie l’aspect sportif de la F1 non ?

Oui et non car ces manoeuvres se passent surtout dans les petites écuries. Dans les grosses équipes, il y a les meilleurs du monde, des génies du pilotage.

« Vettel continue à être émerveillé par tout alors qu’il est champion du monde. »

Avez-vous des relations privilégiées avec certains pilotes qui vous permettent d’avoir des facilités ?

Il se crée des affinités avec certains pilotes. D’une manière générale, je travaille bien avec tous les pilotes francophones parce qu’il y a une sorte de solidarité entre nous. Quelqu’un comme Nico Rosberg qui parle très bien le français est plus abordable. Ensuite, il y a des pilotes avec lesquels on accroche plus pour la pertinence de leurs réponses, comme Button qui est vraiment quelqu’un d’intelligent. Il a un recul et un regard très pertinent sur le milieu de la F1. J’aime bien Vettel aussi car il continue à être émerveillé par tout ce qui l’entoure alors qu’il est champion du monde. Il est incapable de refuser une interview, c’est un bonheur. C’est lui qui passe le plus de temps dans le carré presse des interviews. Il joue toujours le jeu avec le sourire.

Y-a-t-il un jeu de séduction qui s’instaure entre vous et les pilotes ?

Non, pour les pilotes qu’on soit homme ou femme c’est la même chose. Un jour, je me souviens, j’étais avec Jenson Button. Pendant l’interview, il me regardait droit dans les yeux. La première fois, sur le coup tu te dis : « ouh… sympathique » (rires). Et puis quand tu as fini l’interview, derrière il y a un journaliste homme d’1m80, 100 kilos qui prend la place… et Button fait la même chose ! Ca calme (rires) Je n’y étais pour rien ! Pas de séduction donc. De toute façon, généralement, leur discours est calibré, encadré et quand Alonso fait une conférence de presse, il sort le même speech en anglais, en espagnol, en italien et en français, mots pour mots. Les pilotes ne font plus attention à celui qui tend le micro. A la limite, on peut avoir des moments privilégiés quand on fait des interviews en face à face. L’avantage d’être une femme, au début, quand on arrive, c’est que les pilotes nous repèrent un peu plus facilement et identifient plus vite le média qu’on représente.

Les plus difficiles à interviewer ?

Je dirais Marc Webber. Vu qu’il n’est pas langue de bois du tout, du coup, il est toujours capable de dire ce qu’il pense, même quand ça concerne son équipe. Il est donc très sollicité et sa Com doit sans doute le surveiller beaucoup plus à cause de ça. Ensuite, un pilote comme Schumacher a fait tellement d’interviews dans sa vie que ses réponses sont très formatées.

« Les pilotes sont des machines de guerre »

Sportivement, dans les années 90, on assistait surtout à des duels de pilotes sur la piste, aujourd’hui on a cinq champions du monde différents en cinq ans, ça semble bien plus ouvert, mais avec moins de caractère.

C’est un peu vrai. D’abord parce que la règlementation est de plus en plus stricte et cela devient de plus en plus difficile de se démarquer, de s’émanciper du règlement. Et puis il y a un nivellement des forces en présence car tous les budgets, et spécialement pour les plus gros d’entre eux, ont été revus à la baisse avec les crises économiques, etc. Quant aux pilotes, ils sont tous devenus des machines de guerre, hyper affutés physiquement, surentraînés. Tout ça fait que ça resserre le niveau. Maintenant, il est vrai aussi qu’il y a moins de personnalités, moins de caractères forts qui se dégagent comme Prost ou Senna en leur temps. Je pense que la médiatisation à outrance et la peopolisation des médias  ont rendu les pilotes plus méfiants, plus réservés. Les attachées de presse veillent à ce qu’il n’y ait rien qui puisse donner lieu à des polémiques, surtout entre pilotes de la même écurie. Certains tabloïds anglais, par exemple, cherchent la petite bête pour pouvoir titrer « c’est la guerre » entre deux pilotes, etc. Donc tout le monde a peur de sortir un mot de travers. Une partie de notre travail sur le terrain est d’instaurer une relation de confiance entre nous, les attachées de presse et les pilotes. Si on nous autorise une question sur la grille de départ, il ne faut pas en poser deux.

N’est-ce pas frustrant de n’avoir qu’une question à leur poser ?

Non car lorsque l’on est sur la grille de départ pour les interviews avec Denis, tout va à une vitesse incroyable. On rentre sur la grille aux alentours de 13h30-35 et on doit l’évacuer entre 50 et 55 pour un départ à 14H. Et comme on est en direct et qu’on a envie de recueillir le plus d’informations possibles, on n’a pas forcément envie de se poser avec un seul pilote. Ensuite, il n’y a pas de frustration car nous travaillons tout le week-end. On a accès aux pilotes dès le jeudi, en interview, ensuite il y a les qualifications, on peut aussi demander des « one to one », des interviews face à face et il y a F1 à la Une puis la course.

Reste que le rendu de votre travail à l’écran, dans F1 à la Une, reste très court. « Automoto » permet-elle  de compenser ?

Oui. On travaille en complémentarité avec « Automoto ». Les reportages sont différents que dans « F1 à la une ». On sait aussi que les téléspectateurs d’ »Automoto » ne sont pas spécialement les mêmes que ceux de « F1 à la Une ». « Automoto » rassemble un large public, pas seulement des passionnés de F1. Sur « F1 à la Une » on s’attend à de l’émotion, sur « Automoto » il y a plus d’enquête ou de réflexion.

Pourtant sur « Automoto », la partie sportive est vraiment très limitée.

Oui, c’est vrai, mais on ne peut plus faire l’ »Automoto » qu’on faisait il y a encore dix ans parce qu’il y a eu une explosion des chaînes sportives et aussi d’Internet.Et dans la mesure où l’on est diffusé le dimanche matin, on ne peut pas faire de résumé de course car, dans ce cas, on arriverait une semaine après l’événement. Ce n’est pas possible. Alors, pour « Automoto », on essaye de travailler dans les coulisses des événements majeurs, F1 et rallye WRC. Mais cela devient de plus en plus compliqué dans la mesure où la notion de protection de l’environnement devient de plus en plus importante. Du coup, ça nous limite un peu car on ne peut pas trop abuser de sujets « F1″.

Puisque vous me tendez la perche avec l’environnement, quel est l’avenir de la F1 ? La monoplace électrique (rires) ?

Ok, pour l’environnement, la Formule 1 n’est peut-être pas encore une référence, mais elle fait des efforts quand même. Puis il faut savoir que c’est la vitrine de tous les développements technologiques qui seront ensuite appliqués sur les voitures d’usine, grand public, notamment en matière de sécurité. Rien que pour ça la F1 est utile. Mais la monoplace électrique en F1, ça existe déjà, elle a été testée cette année. Je ne sais pas où ils en sont, mais le projet est à l’étude. Bon, le problème sera de trouver des réserves d’électricité assez importantes pour ne pas s’arrêter après deux tours (rires).

Pourquoi ne pas animer un magazine comme Dimanche F1 sur Eurosport ?

Parce que je suis sur les Grand Prix de Formule 1 le dimanche, tout simplement (rires).

« Passer devant la caméra a été un cauchemar »

Oui, suis-je bête. Mais est-ce un exercice qui vous plairait ?

Oui, oui, j’aimerais bien, pourquoi pas. Mais pourquoi pas aussi sur une autre discipline. J’aime le sport, et j’adore le tennis tout particulièrement dont je suis une fana absolue. Le foot aussi bien sûr puisque je suis de la génération 98. Et puis il y a la coupe du monde de rugby prochainement. Je reste ouverte à toute proposition comme on dit (rires). Mais je ne lâcherai pas le sport mécanique, ce ne sera que du complément.

De toute façon, vous animez déjà un magazine…(elle s’attend à la suite, en sourit) : « Confessions Intimes » sur TF1. Qu’est-ce qui vous a pris de faire un tel grand écart avec la présentation de cette émission assez décriée tout de même ? Vous n’avez pas peur de brouiller un peu votre image ?

J’avais clairement envie de toucher à autre chose au sein de la chaîne. Je n’ai pas choisi ce métier pour m’enfermer dans la routine. Je suis passée par tous les médias possibles de la place parisienne et à TF1 je me sens bien. Le dimanche matin, je me sens en famille à « Automoto ». Et quand on m’a parlé de « Confessions », c’est une émission que je regardais déjà, une émission qui fait un carton, etc. Mais je n’y suis pas allée tête baissée. Avant de me décider, j’ai commencé à observer les coulisses de l’émission, comment elle se fabriquait, sur quels principes, sur quelles valeurs on la faisait. Et puis j’ai bien aimé son fonctionnement et la façon dont on pouvait apporter de l’aide aux gens. Ca paraît très naïf de dire ça, mais on a plein d’exemples de témoins qui nous écrivent pour nous dire que grâce à « Confessions Intimes » ils sont sortis d’une situation difficile. La semaine dernière on m’a demandé deux photos dédicacées. C’était pour un couple qui était passé il y a un an et demi. Le fait d’être passé à la télé, de s’être vus et d’avoir pris une baffe monumentale en découvrant la réalité de leur couple leur a permis de corriger tout ça. Aujourd’hui, la femme est enceinte, et tout va merveilleusement bien. Et ils nous ont envoyé un courrier de remerciement magnifique. Alors je vis peut être dans le monde des Bisounours, mais c’est la preuve que ça peut aussi fonctionner.

Vous vous impliquez dans le contenu de l’émission ?

Non, je ne fais quasi exclusivement que de la présentation. Je ne veux pas m’impliquer dans les tournages et les sujets pour ne pas parasiter les anonymes par la présence de « la dame qui passe à la télé ». Je laisse les journalistes faire leur travail et je présente leur travail. En revanche, je supervise tous les montages. Et ce qui m’intéresse vraiment c’est que l’on assure le suivi des témoins filmés.

Finalement vous vous rôdez au métier de présentatrice-animatrice en deuxième partie de soirée ? Ce qui, sur une chaîne comme TF1 qui multiplie les émissions, pourrait vous permettre un jour d’aller plus loin dans ce rôle ?

Oui, pourquoi pas. J’ai la chance d’être dans une chaîne où les possibilités sont multiples. Etre sur une grille de départ de F1, faire du montage sur « Automoto », présenter « Confessions Intimes » ou un module foot avec Christian Jeanpierre… j’ai la chance de pouvoir me diversifier, pas le temps de m’ennuyer.

« Je ne vais pas aller me jeter par la fenêtre parce qu’on ne m’aime pas, on ne fait que de la télé ! »

Vous vous trouvez bonne présentatrice sur « Confessions Intimes » ?

(elle lève les yeux au ciel). Ouh, je déteste me voir à l’antenne, mais c’est ce que tout le monde dit de toute façon. Vous ne trouverez pas un animateur ou présentateur qui vous dire (elle prend une grosse voix) : « j’adore me regarder chez moi ». Pour moi, c’est même un cauchemar car présenter devant une caméra, ce n’est pas naturel du tout. Quand je suis devenue journaliste, j’avais choisi d’être derrière la caméra, je ne voulais pas du tout faire de l’antenne. Ce n’est pas pour vous mentir ou quoi que ce soit. Demandez, quand j’étais à Eurosport, parfois on avait besoin de moi pour faire des piges en plateau. Eh bien à chaque fois je m’arrangeais pour annuler, dire que je ne pouvais pas, que j’avais déjà du travail ailleurs. Je ne voulais pas car j’avais envie de crédibilité. J’étais toute jeune et je voulais me présenter comme journaliste et pas en tant qu’animatrice. Et à « Automoto », j’ai commencé par le terrain, les reportages. Je préférais passer des heures en salle de montage. Quand Christophe Malbranque, qui s’occupait du sport, devait partir le dimanche sur les grands prix, il y avait un vrai trou dans l’émission. C’est là qu’on m’a demandé de faire de l’antenne pour le remplacer quand il n’était pas là. La première fois que j’ai fait le plateau en direct, j’ai cru que j’allais vomir tellement ça me stressait. Maintenant, il ne faut pas être hypocrite, j’y ai pris goût et il est vrai que le retour des gens, des téléspectateurs est émouvant, touchant, gratifiant. C’est de l’amour à l’état brut.

Les critiques vous touchent ?

Je ne les lis pas toutes, mais forcément que ça touche. Je suis assez sensible, je suis une vraie madeleine, je pleure très facilement. Maintenant, je ne vais pas aller me jeter par la fenêtre parce qu’on ne m’aime pas, on ne fait que de la télé ! Je ne sauve pas des vies. Pour l’anecdote, je suis une des ambassadrices de l’association « Make a wish » qui permet à des enfants malades de réaliser leur rêve et notre président est Alain Pierre Khan. Je ne le connaissais pas. On s’est rencontrés un jour et pendant une demi-heure, il me disait : « c’est formidable ce que vous faites, vous êtes fantastique, etc… ». Moi, tout de suite, fière : « ah oui, c’est vrai ? » (elle se dandine, rires). Et puis à un moment je lui demande : « et vous, vous faites quoi ? » Il me répond : « je suis neuro chirurgien en pédiatrie ». Et la je me suis sentie complètement nulle (rires) avec ma petite expérience télé. C’est lui qui était fantastique, pas moi.

Pour conclure et pour revenir à la Formule 1, comment voyez-vous la saison qui arrive ?

Je compte les jours, les heures, les minutes, les secondes avant qu’elle commence car je sens que la saison va être géante, exceptionnelle. Avant les premiers essais et la présentation des voitures, j’aurais misé sur Alonso car c’est à mon avis celui qui a le plus l’envie et la rage par rapport à sa dernière saison. Et Vettel sera encore là. Je les place comme mes deux favoris. Après, comme l’année dernière, on peut avoir tous les scénarios possibles. Mais ça va être encore très serré. Une course se joue à tellement peu de choses, à un détail infime.

…et à des consignes de course aussi…

Bien sûr, j’aimerais comme tout le monde que les pilotes ne soient pas influencés par leurs écuries et qu’on les laisse s’expliquer entre eux. Mais normalement, il est formellement interdit de donner des consignes de course. Mais bon, vous savez comme moi qu’il suffit juste de dire à un pilote « machin est juste derrière toi » pour qu’il comprenne qu’il doit le laisser passer. Pas besoin de donner des consignes plus précises. Ces consignes existent donc, plus ou moins, car le titre constructeur est tout aussi important pour une écurie que le titre de meilleur pilote. Les deux pilotes d’une écurie bossent pour une équipe et dans toute équipe il y a des stratégies, de la politique. C’est critiquable, mais c’est comme ça dans un milieu où les enjeux sont si importants. Et puis si une écurie leur donne des sommes astronomiques pour piloter, ils se doivent en contrepartie de respecter certaines règles stratégiques, qu’elles soient sportives ou non. Les pilotes le savent quand ils signent leur contrat. Il y a le N°1 et le N°2 et l’écrurie à défendre. C’est comme ça, c’est la règle.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour enpleinelucarne.net. Mention obligatoire.

@photos : B.Asset, G.Bedeau, TF1

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