Entretiens EPL Football Les News — 29 mars 2011

Pour certains, il suffit de voir leur visage, pour se dire : « ils doivent êtres sympas ». Vous l’espérez en tout cas. Moi, ça me fait ça avec David Berger, l’un des commentateurs vedettes du foot sur Canal+. Une bonne tête souriante, des yeux pétillants qui laissent poindre une passion sous la tenue de rigueur du commentateur Canal et sans doute des choses à dire… Bien sûr, on peut toujours se tromper. Mais là, non… Pas avec ce stéphanois mordu de foot depuis tout petit. Depuis qu’il travaille à Canal+ (1993), des matchs, des émotions, le journaliste en a vécu des tonnes. Alors, nous lui avons proposé d’inaugurer un nouveau concept d’interview, avec cette question piège : « si tu ne devais retenir qu’un match dans ta vie, lequel serait-ce ? »

Bienvenue à l’interview « Match de ma vie ». L’occasion, tout d’abord, de replonger tout le monde dans d’émouvants souvenirs, bons ou mauvais, de retourner dans l’enfance ou de réécrire l’histoire du foot mondial grâce à ceux qui l’ont vécue d’une façon ou d’une autre. L’occasion aussi de découvrir ou de redécouvrir sous un autre jour certaines personnalités. C’est donc parti pour une interview fleuve… Comme d’habitude, car vous vous doutez bien qu’avec David Berger nous ne sommes pas contentés de ne parler que d’un match.

- J’imagine que naître à Saint-Etienne au début des années 70, ça prédispose à devenir passionné de foot ?

Oui, bien sûr. A St Etienne, il n’y en avait que pour le foot, c’était LA ville du foot, surtout à l’époque où j’étais gamin car je suis né en 1969. J’ai baigné dans le foot. Et jusqu’en 1984 environ, j’ai vécu la grande période des Verts. On ne vivait que pour le foot dans cette ville. Chaque mardi, j’attendais « France Football » comme le messie. Il n’y avait pas Internet et plein de foot à la télé. Du coup, quand j’étais môme, j’inventais des jeux de foot. J’étais à fond. Par exemple, à chaque journée, je faisais le championnat de Division 1 avec des dés. Il y a avait deux dés de couleur. Je ne comptabilisais que les 1 et les 2 (pour qu’il n’y ait pas de scores farfelus du genre 5-3), tout le reste valait zéro et chaque équipe avait droit à 3 ou 4 lancés de dés pour obtenir des résultats cohérents »Et je commentais les matchs avec le ton des commentateurs radios car à l’époque on suivait le foot avec le légendaire multiplex de France Inter, la télé ne diffusait rien.

« Mes parents me disaient : « mais arrête avec le foot »

(il prend une voix de commentateur) « Bonsoir ici Jean-François Rhein… Eh bien toujours 0-0 ici… » et je commençais à jouer. J’avais avec moi le carnet des supporters que l’on vendait en librairie avant chaque saison, je notais tout. Je faisais le championnat de France, la coupe de France, la coupe d’Europe, tout ! Ensuite, j’ai imaginé une variante avec un chronomètre. Je lançais le chrono et j’arrêtais quand je voulais. Là, pareil, pour les scores, je ne comptais un but que lorsque les chiffres se terminaient par 1. Et chaque équipe avait 15 coups de chrono. Mais comme l’équipe qui jouait à domicile avait un avantage, je lui laissais quelques coups de plus. Et je jouais les matchs au fur et à mesure qu’ils étaient commentés dans le multiplex. J’ai fait ça de 8 ans jusqu’à 14 ans environ. J’avais aussi un jeu de foot avec des puces que j’avais colorées avec les couleurs des maillots des équipes et sur lesquelles on appuyait dessus pour les faire progresser sur un terrain jusqu’à marquer un but. Je ne jouais qu’à ça. Mes parents me disaient, « mais arrête avec le foot ».

- Et donc les vignettes Panini alors ?

Bien sûr ! J’ai encore tous les albums chez moi, championnat, coupe du monde, etc… il m’en manque peut être un ou deux…

- C’est cette passion qui t’a donné envie de devenir journaliste sportif ?

Non, pas immédiatement. J’ai un peu lâché le foot vers 17-18 ans et pendant mes études, j’ai fait du droit. Je n’imaginais pas devenir journaliste foot. En fait, c’est arrivé grâce à Denis Balbir (aujourd’hui sur Orange Sport). A l’époque, il parlait tout le temps de St Etienne à la radio. Un jour, je lui ai écrit pour lui dire que j’étais fan des Verts, etc. Puis j’ai suivi sa carrière jusqu’à ce qu’il arrive à Canal. Parallèlement, j’ai fait une école de journalisme. Mais j’étais plus parti pour faire de la radio à l’époque. Et quand je suis sorti de l’école de journalisme, Canal+ et Thierry Gilardi lançaient « Jour de Foot » (sept 92). Une super opportunité.

Thierry Gilardi

« Denis Balbir m’a décroché un stage. Deux mois après l’école, en 1993, je commençais à faire des piges pour l’émission. C’est marrant parce que j’ai fait mon premier « Jour de Foot » avec Bruce Toussaint qui était lui aussi journaliste sportif (il anime aujourd’hui l’Edition Spéciale sur Canal+). Il couvrait un match de Caen et moi je faisais Auxerre-Toulouse. 5-1 : pour mon premier « Jour de Foot » ! »

« La récompense : aller commenter un match à Marseille »

« Je découvrais le lundi matin, après chaque journée, si je continuais ou pas. Si on appréciait mon travail, on m’appelait le lundi pour me confirmer pour le week end suivant. Mais la récompense à l’époque c’était d’aller commenter à Marseille. Si tu faisais 5 bons résumés, on t’envoyait à Marseille ! Un peu le Parc des Princes aussi, mais surtout Marseille. Et si on te trouvait moyen, tu prenais la direction de Metz ou de Sochaux (rires). Moi, peu importe, j’étais content, parce que j’y allais avec un copain qui adorait le foot. Et comme, à l’époque, ça jouait pas mal au foot à Metz avec Pires, Pouget, ça ne me gênait pas, c’était plutôt sympa même. J’ai fait un an de piges comme ça et LCI s’est montée et m’a appelé. »

- Choix difficile non ?

J’en ai parlé à Thierry Gilardi : « qu’est-ce que je fais ?  » Canal ne me proposait pas de contrat et il m’a dit « LCI, ça ne se refuse pas ». Et je ne regrette pas d’y être allé. Il y avait une belle équipe avec Christophe Cessieux, Christian Prudhomme (directeur du Tour de France aujourd’hui), etc. Un beau service des sports ! Ca m’a permis de sortir des automatismes du commentateur, de faire trois sujets par jour, de hiérarchiser l’information, de poser sa voix, de trouver des angles pour les sujets et quelques reportages…

- Commentateur et supporter, est-ce compatible ?

Oui, c’est très simple, car quand on fait ce métier on perd son côté supporter. Déjà parce que le côté « joueur qui mouille le maillot pour son club » c’est un terminé. Il y a aujourd’hui un vrai décalage entre ce que vivent et attendent les supporters (des joueurs amoureux de leur club) et la réalité du foot. Excepté des mecs comme Janot ou Perrin, qui sont de vrais Stéphanois de coeur, les autres… Tu perds donc ton côté supporter et puis tu deviens plus critique quand l’équipe va mal. Si elle gagne, tu vas peut être un peu plus t’enflammer à l’antenne, mais si elle perd tu vas critiquer un peu plus.

- Tu t’es trouvé dans cette situation j’imagine ?

Oui. Je me souviens lorsque j’ai du faire mes premières interviews, Thierry Gilardi m’avait envoyé couvrir St-Etienne-Lyon et Lyon gagne. Il fallait que j’aille interviewer Aulas. Qui me tombe dans les bras super content d’avoir gagné le derby. Et là tu es obligé de sourire, ça te met un coup sur ton côté supporter !

« Le rêve aujourd’hui : côtoyer les plus grands noms de l’histoire du foot »

- Quand on enchaîne match sur match pendant des années, la part de rêve des débuts s’estompe-t-elle rapidement ?

Non, pas du tout. Parce qu’au-delà d’être sur les terrains, de côtoyer des bons joueurs, le rêve c’est d’être avec les consultants. Quand à tes débuts, tu commentes des matchs avec quelqu’un comme Michel Hidalgo, à l’époque c’était notre référence quand même, il y avait pas eu 98 encore. Et puis se retrouver avec des mecs comme Genghini, Six… Je collectionnais leurs stickers quand t’étais gosse. Pareil quand tu es avec Sauzée, Guivarch’, Raï, Jacquet. Les mecs ont bercé ton enfance, ta jeunesse.

- De quoi avoir envie de faire signer des autographes (rires)

Je n’ai jamais été très autographe, mais quand même, un jour je me suis retrouvé à la cérémonie des 50 ans du Ballon d’Or. Tu imagines ? On était dans une salle, on nous avait donné le livre de France Football publié à l’occasion avec deux pages consacrées à chaque Ballon d’Or. Devant nous Il y avait Beckenbauer, Van Basten, etc. C’était extraordinaire quand même, tu avais le top de l’histoire du foot dans la même salle que toi ! Là, j’ai fait signer des autographes ! Je me souviens, il y avait un mec assis dans un coin, personne ne lui parlait. Je m’approche, c’était Alan Simonsen ! Alan Simonsen ! Les gamins ne connaissent pas aujourd’hui, mais Simonsen c’était le grand Moenchengladbach, puis Barcelone. On a parlé. Donc tu vois, le privilège de côtoyer ces grands noms de l’histoire, ça c’est le rêve.

Match de ma vie : France- Brésil (3-0)

Finale de Coupe du monde 1998

« Ce jour là j’ai tout vu, vécu et ressenti comme peut être jamais plus ça ne m’arrivera. »

- Allez, passons au match de ta vie. Ca ne doit pas être simple de n’en retenir qu’un…

Pas simple en effet, mais disons qu’en tant que spectateur d’abord, puis professionnellement, car tout est lié dans mon cas, la finale de la coupe du monde 98 France-Brésil au stade de France reste au-dessus des autres. J’avais commenté la coupe du monde 98, mais je ne commentais pas la finale. J’étais dans le stade. Déjà, rien que d’assister à une finale de coupe du monde, dans les tribunes, en France, avec la France en finale, contre le Brésil, le pays du foot, tu ne peux pas rêver mieux. Ce jour là j’ai tout vu, vécu et ressenti comme peut être jamais plus ça ne m’arrivera.

Le scoop « Leonardo »

« En plus, comme je disais, il y a une dimension professionnelle liée à l’événement car la veille, j’avais été envoyé au camp de base d’entraînement de l’équipe du Brésil. On m’avait dit à Canal, « rapporte-nous quelque chose sur le Brésil, on n’a rien ». Alors, Je suis là, planté devant l’hôtel du Brésil. On n’avait pas eu le droit d’assister à l’entraînement, fallait que je ramène au moins une info et je n’avais rien ! Personne ne voulait parler. J’étais très mal, je me disais : « si je reviens à Canal sans rien c’est terrible ». J’attrape alors le responsable du service de presse de l’équipe brésilienne et je lui demande : « fais quelque chose, aide moi ! » Il se trouve que Leonardo ne parlait à personne depuis trois semaines car il boycottait la presse brésilienne. Et j’attends. 21h, 21h15… toujours Rien. Je voyais de loin Ronaldo jouer au tennis ballon devant l’hôtel. Soudain, j’entends : « David !!! » C’était Leonardo qui m’appelait : « j’arrive, attends quelques minutes ». Il arrive à la grille devant l’hôtel et me dit : « je sais que Canal a fait beaucoup de choses pour moi, quand j’étais au PSG, etc », et là il m’accorde trente minutes d’entretien en français. C’est aussi pendant cette interview qu’il sort : « On n’a pas besoin de regarder des vidéos de la France, on est sûrs de nous, on va gagner la finale ! ». J’abordais cette finale avec, non pas un scoop, mais quand même un entretien exclusif. Et j’étais en immersion avec l’adversaire. »

« La finale : un moment où j’ai pu me débarrasser de mon costume de journaliste pour pouvoir pleurer comme un supporter »

« Arrive le jour de la finale, j’étais donc en tribune. Le match en lui-même ? C’est presque une des rares fois où j’ai été en larmes. Les Verts à leur grande époque m’avaient fait pleurer quand j’étais gosse, mais aujourd’hui la France est la seule équipe qui me procure ces sensations. J’avais vécu ça avec France-Portugal à l’Euro 84, où je pleurais devant la télé, et puis (il réfléchit) c’est tout. Ah si, France Bulgarie aussi, mais là j’ai pleuré de déception. Bref, j’étais été heureux de vivre cette finale en tribunes, car c’était un moment où justement j’ai pu retrouver de l’humanité, me débarrasser de mon costard de journaliste pour pouvoir pleurer, apprécier, comme un fan de foot, comme un vrai supporter. »

« J’ai touché la coupe du monde, la vraie, dans les vestiaires des Bleus »

« A la fin du match, comme on avait un studio dans les coulisses du stade de France, on se refilait les accréditations entre nous pour y descendre. Je suis donc descendu dans le vestiaire de l’équipe de France. Là, les joueurs champions du monde me tapaient dans la main. C’était plus qu’un rêve, un truc inimaginable. J’avais sur moi un maillot de l’équipe et tous les joueurs me l’ont signé ! Tous, de Zidane, à Djorkaeff, jusqu’à Aimé Jacquet. Un maillot collector ! J’ai même pu toucher la coupe du monde dans les vestiaires, la vraie ! Et, après, je suis allé sur le terrain, là où Zizou place ses deux coups de tête. Là, en tant que fan de foot, tu ne peux pas vivre mieux, plus fort que ça. »

« Leonardo pleure dans mes bras »

« Au cours de cette soirée, je croise Leonardo dans les couloirs. Il m’est tombé dans les bras en pleurant. J’en suis venu à presque réconforter Leonardo, tu te rends compte ? Ensuite, je tombe sur Aimé Jacquet. Je lui raconte que ma mère est du même village que lui. Et il me parle de Sail sous Couzan où il est né aussi. J’étais en train de discuter du pays, de ces petits villages de la Loire, avec Aimé Jacquet, alors qu’il venait d’être champion du monde quelques minutes avant ! Surréaliste ! Tout ça fait qu’évidemment, au nouveau des souvenirs, cette finale restera gravée à vie car j’ai vécu l’événement d’une façon inimaginable. »

« Si tu n’es pas capable de vibrer pour ton pays, tu n’as rien à faire dans ce métier »

« Pour en revenir au match en lui-même, je dirais qu’il y a eu une phase d’ombre pendant la rencontre. C’est de l’avoir vécue à côté des journalistes de l’Equipe (on rappelle la campagne médiatique anti-Jacquet menée par l’Equipe pendant le règne du sélectionneur). Quand la France a marqué le premier but, j’ai vu certains de ces journalistes faire la grimace. Quand on a marqué le 2e, ils se sont pris la tête entre les mains. Et quand il y a eu le 3e c’était l’abattement. Et là je me suis dit : ils n’ont pas le droit ! Ok, la victoire de la France allait avoir des conséquences sur eux, ils risquaient sans doute le placard et les foudres de Jacquet (ce qui est arrivé). Mais, professionnellement, tu n’as pas le droit d’avoir cette attitude. Si tu n’es pas capable de vibrer pour TON pays, tu n’as rien à faire dans ce métier. »

- Ce qui revient à dire que pour les matchs internationaux, le journaliste doit prendre parti.

Tu peux et tu dois rester objectif en toute circonstance, mais pour les matchs de l’équipe de France, et pour la coupe d’Europe aussi, tu ne peux pas être neutre malgré tout. Tu dois marquer ta joie si une équipe française gagne et, dans le sens inverse, marquer ta déception si elle perd.

- Et tu es bien placé pour le savoir car tu as commenté une finale de coupe du monde pour Canal+…que presque personne n’a regardé finalement.

(Rires). J’en viens justement à ce deuxième souvenir marquant, ce 2e « match de ma vie », la finale de la coupe du monde 2006, France-Italie à Berlin.

Match de ma vie : France-Italie (1-1, 3-5 tab)

Finale de coupe du monde 2006

« J’avais commenté la demi-finale, France-Portugal et je ne devais pas commenter la finale, je le savais à l’avance, c’était prévu. J’avais donc réservé un billet d’avion et un séjour d’une semaine au Club Med, à Kemer, en Turquie avec des potes et avec un départ le samedi. Et quelques jours avant, on me dit : « tu vas faire la finale ! » « Ben non, je suis en vacances, je ne peux pas les annuler ». On me répond : « quoi, tu vas refuser une finale de coupe du monde ? « . Bon OK. Seulement, il y avait une condition : « si c’est contre l’Allemagne, c’est Jean-Charles Sabattier qui la commentera, si c’est contre l’Italie, ce sera toi ».

« Une journée historique »

« La première demi-finale opposait l’Allemagne à l’Italie. L’Italie gagne 2-0. Donc je sais que je vais commenter la finale. J’appelle le Club Med, et j’arrive à trouver un vol qui part de Berlin à 3h du matin le dimanche, juste après la finale. Arrive le match France-Portugal. Là, je me dis, si le Portugal va en finale, je perds deux jours de vacances pour une finale sans la France. C’est moins motivant quand même, même si ça reste une finale de coupe du monde à commenter. La France se qualifie. Je vais à Berlin, je ne prends pas d’hôtel, car je sais que je pars en vacances directement après le match. Et je savoure le moment, la journée, car tu sais que ce n’est pas un commentaire comme les autres que tu vas avoir à faire, ça a un impact historique, tu sais que tu vis une journée historique. Et j’étais avec Aimé Jacquet en plus. »

« Ce match devient comme le France-Allemagne de 82 à Séville, un match que tu n’as plus envie de voir ! »

« J’ai passé la journée à observer les supporters dans les rues, dans le stade, à m’imprégner de l’ambiance. L’appréhension montait peu à peu. Tu ne vis pas très bien ce genre de finale, car tu es obligatoirement supporter de ton équipe, et, en même temps, tu sais que tu dois commenter ce match en faisant ton métier et en espérant gérer au mieux les tournants du match. J’étais donc très tendu. Et ça commence fort : Thierry Henry se blesse rapidement, après il y a le penalty de Zidane à la Panenka, etc…. J’ai vécu le match dans le stress. J’avais du mal à me lâcher et puis c’était un match crispant, pas un beau match. Et on arrive au coup de boule de Zidane. Et là, en revoyant après coup, j’ai eu la même réaction que Thierry Gilardi sur TF1 en lâchant un « Pas ça ! ». A côté de moi, Aimé Jacquet est K.O, comme un zombie, sonné. La séance de tirs au but arrive et en off, Jacquet me dit « on va perdre ». Et on perd. »

« Je garde donc un souvenir hyper frustrant de cette finale. Pas que pour la défaite, mais le problème est que cette finale était diffusée sur TF1 en direct car ils en avaient les droits tv, puis après chez nous sur Canal+ en différé, même si je la commentais dans les conditions du direct. Mais plus personne ne l’a revue. Si la France avait gagné, on aurait pu rediffuser plein de fois la finale sur Canal+, exploiter un DVD, etc.. Au final, ce match devient comme celui de France-Allemagne 82 à Séville, un match que tu n’as plus envie de voir ! Moi-même je ne l’ai jamais regardé en intégralité, je ne sais même pas comment était mon commentaire à l’antenne. Je n’en ai revu que quelques extraits, c’est tout. »

« Et pour l’anecdote, il est environ minuit quand je me mets en route pour l’aéroport direction les vacances. Je n’avais pas de voiture et impossible de trouver un taxi dans Berlin, les rues étaient bouchées, et je me voyais rater mon avion et je n’avais pas d’hôtel. J’avais mes valises dans la rue, il faisait une chaleur à mourir, je demandais aux gens dans la rue de m’emmener dans leur voiture ! J’errais dans les rues de Berlin. Bref, la sale soirée jusqu’au bout. Je suis arrivé à l’aéroport à 2h du matin, soit juste une heure avant le décollage ! »

France-Allemagne (3-3; 4-5 tab),

demi-finale de coupe du monde 1982, à Séville.

« Si Didier Six n’avait pas fait sa tête de cochon, on serait peut-être allés en finale. »

- Puisqu’on est dans la coupe du monde, est-ce qu’un France-Allemagne de Séville 82 fait partie de tes grandes émotions ?

Oui, j’ai vu ce match, mais je n’avais que douze treize ans, je l’ai hyper mal vécu évidemment. En revanche, pour en avoir discuté avec certains acteurs de l’époque, ce match marque encore énormément les joueurs aujourd’hui et particulièrement un joueur comme Maxime Bossis. C’est là que je vais te faire une confidence. D’abord Maxime Bossis savait très bien tirer les penaltys. Et puis, pendant cette séance de tirs au but il s’est passé un truc que m’a raconté Michel Hidalgo, sélectionneur de l’époque. Avant de choisir les tireurs, Didier Six va voir Michel Hidalgo et lui dit : « je veux tirer le dernier tir au but et je qualifie la France ». Didier Six n’en démordait pas, il voulait absolument tirer en 5e. Hidalgo lui dit : « non, tu tires le 4e, c’est Michel Platini qui tirera le dernier ». Six discute encore : « non, je veux tirer le dernier ». Michel Hidalgo ne change pas d’avis. Si bien que quand Stielike rate son tir au but pour l’Allemagne, je ne sais pas si tu as remarqué, mais le réalisateur ne montre pas le penalty de Didier Six. Pourquoi ? A ce moment, Six regarde une nouvelle fois Hidalgo qui lui dit « vas-y ! ». Six, pas content du tout de ne pas tirer le dernier, prend le ballon rapidement, l’a posé sur le point de péno et a tiré sans se concentrer. Et il l’a raté ! Le réalisateur n’avait pas prévu que ça aille si vite. Ensuite, si on regarde attentivement les images, on peut voir Michel Platini, dépité, dire « mais quel c… ce Six ». Parce que Six a vraiment posé et tiré d’une manière nonchalante, comme s’il voulait dire aux autres, « vous me faites ch.., je voulais tirer le dernier ». Et il tire n’importe comment. L’histoire est que si Didier Six n’avait pas fait sa tête de cochon peut-être qu’il l’aurait mis. Et peut-être qu’on serait allés en finale… Mais bon, on en va pas refaire l’histoire, mais c’est agaçant.

Match de ma vie : Brésil-Argentine (1999)

Matchs amicaux

« Un dernier grand souvenir à la fois professionnel et d’amateur de foot c’est d’avoir couvert les deux rencontres Brésil-Argentine et Argentine-Brésil en septembre 1999. Le Clasico sud-américain, au Monumental de Buenos Aires (3-1 pour l’Argentine) puis au Brésil, à Porto Alegre (4-2 pour le Brésil), ça te laisse de grands souvenirs. Ronaldinho faisait ses premiers pas en sélection. Deux heures avant le match les stades étaient pleins. Je commentais avec Francis Huertas. C’était un souvenir génialissime car tu es dans les deux pays du foot, pays qui se détestent footballistiquement parlant, dans des stades mythiques, tu te retrouves en boîte de nuit après le match avec Ronaldinho… Bref, il faut vivre ça une fois dans sa vie. »

- Que te reste-t-il à vivre pour garnir ce panthéon des souvenirs ? Une finale de Ligue des Champions ?

Oui, j’aimerais bien. Dans cette compétition, mon dernier grand souvenir c’est Bayern-Inter (2-3), il y a quelques jours. Parce que ce match résume un peu tout : une affiche, des joueurs d’un talent monstrueux, Eto’o, Sneijder… des occasions, des buts. Mais chez nous, à Canal+, la Ligue des Champions c’est pour le duo Christophe Josse-Raynald Denoueix. Moi je suis le n°2. Et puis il y a la coupe du monde au Brésil en 2014 aussi, dans le pays du foot. Et sans doute plein de matchs à venir qui me réserveront d’immenses surprises tant professionnelles qu’émotionnelles.

- En Ligue 1 ?

Pourquoi pas. L’avantage de la Ligue 1 aujourd’hui c’est qu’elle offre du suspense. Franchement, depuis Milan-Liverpool en finale de la Ligue des Champions 2005, avec 3-0 pour le Milan et une remontée au score mémorable, qui aurait pu deviner que Liverpool allait revenir comme ça ?  Le foot c’est aussi des surprises, c’est ça qui en fait la beauté.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour enpleinelucarne.net. mention obligatoire.

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Vincent Rousselet-Blanc

(3) Readers Comments

  1. Pingback: Les Interviews « EPL , le Best of : Margotton, Ménès, Berger, Laffite, Lévèque, Jolles, Brindelle, Couëffé… « En Pleine Lucarne

  2. Une des meilleures interviews que j’ai lue sur internet !

    Bravo VRB !

    Sébastien DURAND de SPORT-TV.ORG

    • Merci Seb, j’avais déjà Alexis en fidèle lecteur et qui me travaille au corps depuis des semaines, voire plus…, je vais avoir tout Sport-Tv si ça continue ;-)

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