Autres Sports Entretiens EPL Les News — 04 février 2011

Une fois par an, il faut s’armer de chips, de bières, de pizzas et surtout de courage pour suivre la finale du Superbowl sur W9. Les Steelers de Pittsburgh rencontreront les Packers de Green Bay lors de la 45e édition du Superbowl, finale de la Ligue professionnelle de football américain (NFL). Cette année encore c’est W9 qui retransmettra en direct, dimanche 6 février à partir de minuit*, depuis le stade ultra moderne de Dallas, les 4 heures d’un des shows sportifs, les plus regardés au monde. Excepté si l’on est un mordu, pourquoi se poster devant notre téléviseur toute la nuit ? Nous l’avons demandé à Richard Tardits (à droite sur la photo), le consultant de W9. Si pour l’ancien rugbyman et joueur de NFL, cette finale entre les Steelers et les Pacers vaut le détour et la nuit blanche, ce n’est pas ça qui permettra au football américain de percer en France. Explications avec un spécialiste.


Richard, donnez-nous une bonne raison de veiller toute la nuit pour regarder cette finale du Superbowl.

- Si vous n’êtes pas un aficionado, regardez au moins pour découvrir l’un des plus beaux et des plus modernes stades du monde, celui de Dallas. Il est incroyable, avec un écran plasma géant de 70 m de long sur 35 de haut ! C’est un stade du futur. Merveilleux… Il faut le voir.

Et sportivement, que doit-on attendre de cette opposition entre les Steelers et les Pacers ?

- Pour les connaisseurs, cette finale n’est pas considérée comme une affiche formidable dans le sens où ce sont deux équipes très sobres, qui possèdent les meilleures défenses du championnat. Elles font très peu d’erreurs et ne marquent pas des tonnes de points comme les équipes de la finale de l’an passé. Donc, à priori, l’affiche n’est pas spectaculaire, mais vous savez qu’en foot américain tout est possible, donc j’espère me tromper.

Justement, vous qui avez joué à haut niveau au rugby et au foot américain, ne pensez-vous pas qu’un match de foot américain est plus intéressant qu’un match de rugby ?

- Oui, car à n’importe quel moment, au foot américain, il peut y avoir une interception, une course de 60m, on peut perdre de 20 points et en cinq minutes se retrouver devant au score. Au foot us, même des équipes sobres et défensives ont la possibilité de marquer beaucoup de points et de faire des matchs spectaculaires. Tous les retournements de situations sont possibles, à n’importe quel moment. Dans le rugby, aujourd’hui, le scénario est prévisible car on n’essaie pas de marquer plus de points que l’adversaire mais plutôt d’en encaisser moins.

Rugby ou foot us, votre coeur balance ?

- Vous me mettez un match Australie-All Blacks, il n’y a pas photo je regarderai le match de rugby. Maintenant, il s’avère qu’au rugby, pour un très bon match, il y en a 5 de médiocres. Au foot américain, sur 5 matchs, vous en aurez quatre de bons et spectaculaires.

Pourquoi le foot US ne prend pas plus en France ?

- Je pense que c’est le même problème que pour le rugby aux Etats-Unis, ce sont des sports qui ne sont pas enseignés à l’école. La jeune personne qui découvrira le foot américain en France ne le fera qu’à partir de 18-19 ans parce qu’elle en aura marre de jouer au rugby ou parce qu’il n’y a pas d’équipe de foot locale, par exemple. Alors qu’aux USA, dès l’âge de 5 ans on joue au football américain.

Pourtant c’est un sport spectaculaire, télégénique, très américain, qui a tout pour plaire aux jeunes, un peu comme la NBA en basket…

- Peut-être mais qui regarde le basket français à la télé ? Mets un match de NBA face à une finale de championnat de France de basket, ils iront tous voir la NBA. Et puis nous avons des français qui brillent en NBA, c’est très important.

Nous avons pourtant un championnat de France de foot US, une équipe nationale, etc… Quel est le niveau de tout ça ?

- Il y a 25 ans que ça existe en France même. Et est-ce que vous avez déjà vu un match de foot américain français à la télé, sur n’importe quelle chaîne, même la plus petite ? Non ! Je me rappelle être venu en 1987 jouer un match avec l’équipe de France contre les Pays-Bas en coupe d’Europe. Eh bien aujourd’hui, refais le match France-pays-Bas, ce sera comme il y a 25 ans ! Ca se fera sur un terrain perdu on ne sait où car le terrain n’a pas coûté cher, il n’y pas de moyens. Rien n’a vraiment évolué, ça ne prend pas chez nous. Pourquoi et comment, on peut se gratter la tête c’est difficile à dire. Il faut créer une élite, comme aux Etats-Unis. Là-bas, un gamin de 19 ans qui n’est pas encore dans un club de NFL, ne jouera plus jamais de sa vie en compétition. C’est trop tard. La sélection se fait super jeune.

L’aspect violent de ce sport peut-il constituer un frein à son développement chez nous ?

- Non, non parce qu’en fait c’est une violence tout à fait contrôlée. Au foot américain, malgré l’aspect spectaculaire des chocs, il n’y a pas un seul coup auquel on ne s’attend pas. A chaque position on sait quel coup on peut prendre. Et on ne peut pas dire qu’il y ait énormément de blessures graves. Pas plus que dans le foot ou le rugby en tout cas. Ca arrive mais c’est marginal.

Quand vous commentez un Superbowl, vous êtes conscient que les Français ne connaissent pas bien les règles. Ca ne doit pas être facile à commenter non ?

- Oui, c’est vraiment l’aspect le plus difficile de l’exercice. Car d’un côté il faut satisfaire le téléspectateur qui joue depuis 20 ans et qui connait toutes les règles par coeur et, de l’autre, attirer l’attention et faire rester devant son poste celui qui n’y connait pas grand chose et qui vient là attiré par le spectacle, les pom pom girls et l’ambiance très américaine. Ces deux extrêmes, plus tout ce qu’il y a au milieu (rires). Je dois donc être technique, mais pas trop non plus. Il faut aussi balancer un peu d’infos superficielles sur l’événement, hors match, comme le prix de la bague donnée aux vainqueurs, des chiffres hallucinants, des stats, montrer des people…ça fait partie du show Superbowl.

Pour apprécier le jeu, basiquement, il faut juste comprendre qu’on doit faire 10 yards en quatre tentatives et qu’il suffit d’aller porter la balle dans l’en-but adverse sans l’aplatir pour marquer un touchdown.

- Exactement. Maintenant, il y a une dimension stratégique passionnante du jeu, comme aux échecs.

Les échecs ?

- Oui, pour moi le foot américain est un jeu d’échecs avec des pions animés. Les joueurs sont des pions déplacés par 16 entraîneurs dans chaque équipe. Une équipe de foot américain, c’est une organisation militaire, il y a le général, le colonel de l’attaque, le colonel de la défense, leurs lieutenants, etc… Il y a 8 entraîneurs sur le terrain et 8 dans les tribunes. Ils doivent déterminer, en fonction de la position de leurs joueurs sur le terrain et de celle des adversaires, quelle tactique adopter pour marquer et quelle tactique l’adversaire utilisera afin de mieux les contrer. Et pour chaque stratégie, ils communiquent par codes avec les joueurs, par mots-clés.

Un exemple ?

- Dans une phase défensive par exemple, on donne quatre mots aux joueurs, mots qui correspondent à quatre actions de jeu différentes possibles : delta, rouge, air, loup. Moi, en tant que linebacker, je sais que le mot qui me concerne est le 3e mot. Ce mot là me dira ce que je dois faire, si je pars à droite, à gauche, si j’avance ou si je recule. Le joueur ne peut prendre aucune décision sur le terrain, il ne fait qu’exécuter ce que l’entraîneur a décidé. C’est donc vraiment un jeu d’échec. Le rôle des entraîneurs est capital. On pourrait jouer au rugby ou au football sans entraîneur, pas au foot américain !

Tout est calculé, il n’y a pas une once de créativité ? Même pour le quaterback ?

- L’entraîneur donne au quaterback trois possibilités quand il reçoit le ballon. A lui de juger en quelques dixièmes de secondes, la meilleure décision à prendre. Mais s’il n’en voit aucune d’idéale, il prend le ballon sous le bras et se jette par terre. Maintenant, il y a des quaterback un tout petit peu plus doués que les autres qui tentent quelques courses pour gagner trois quatre yards.

Finalement, retransmettre le Superbowl sur W9 n’est qu’un spectacle. Cela ne va rien apporter au foot US en France.

- Je pense sincèrement que pour nous français, c’est avant tout un événement, un spectacle. France 2 à l’époque où elle diffusait le Superbowl avait essayé de booster le foot us en France, de le faire connaître, mais ça n’a pas marché. A W9,on est donc revenu aux fondamentaux : le show sportif à l’américaine.

De toute façon une diffusion la nuit, pour cause de direct, n’incite pas à la plus grande visibilité, surtout pour les jeunes.

- C’est vrai, mais d’un autre côté, lorsque l’on regarde les résultats d’audimat avec 500 000 téléspectateurs de moyenne et des pointes à un million, je me demande bien qui est devant son poste pendant cette nuit ! Moi-même, si je ne le commentais pas, je ne resterai pas debout pour le regarder en direct. J’attendrais les résumés du lendemain qui forment un bon compromis. C’est donc qu’il y a un vrai public en France pour le foot us. Je ne l’aurais jamais cru. Mais il faut dire aussi que le Superbowl c’est l’image de l’Amérique.

* Match commenté par Thomas Desson et Richard Tardits

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour « En Pleine Lucarne » Toute reproduction interdite sans citation du lien.

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Vincent Rousselet-Blanc

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