© PAUCE pour Orange sport

Pour suivre les Masters 1000 et 500, les plus grands tournois ATP hors tournois du grand Chelem, il faudra désormais vous brancher sur Orange Sport qui en a acheté les droits détenus jusqu’alors par Canal+ (voir présentation). Une excellente occasion pour s’entretenir avec le directeur des chaînes sport d’Orange, Pierre Robert, qui doit parallèlement faire face à un changement de stratégie du groupe Orange et de son PDG Stéphane Richard (abandon des droits de la Ligue 1 en 2012, recherche de partenaires pour la chaîne) et préparer un avenir encore incertain. Quotidien de la chaîne, programmes, changement de stratégie, partenariats, avenir, 3d,… le directeur reste serein, malgré une période assez difficile à gérer comme il l’avoue. Interview.

L’arrivée de l’ATP, reconduction du WRC, de la NBA, de la Ligue 1, Orange sport commence à ressembler à une belle chaîne de sport alors qu’à court terme, en 2012, on en annonce la fin. N’est-ce pas paradoxal ?

- Orange sport fait même plus que « ressembler » ! Notre offre est conséquente mais surtout cohérente et équilibrée. Nous sommes vraiment sur un positionnement multisports qui se construit autour de plusieurs piliers : un pilier foot avec la Ligue 1 mais aussi la Bundesliga, la coupe de la Ligue anglaise et la coupe d’Italie ; un pilier sports de combat constitué du meilleur de la boxe mondiale avec entre autres les combats de Jean-Marc Mormeck et des frères Klitshko ; un pilier sports mécaniques avec notamment le WRC et maintenant un pilier tennis avec les plus beaux tournois hors grand Chelem. Orange sport tient la route. Pour autant, il n’y a pas de paradoxe, d’incohérence ou d’incompatibilité avec les orientations stratégiques actuelles.

Comment ça ?

- La qualité d’Orange sport et sa performance commerciale ont toujours été soulignées. Or, le groupe avait des attentes sur ce produit, notamment en matière de recrutements de clients ADSL et Internet, qui n’ont pas été atteintes. La stratégie dessinée par Stéphane Richard, DG du groupe, souhaite mettre l’accent sur nos métiers d’agrégation et d’enrichissement de nos réseaux à travers la constitution de partenariat stratégiques forts dans tous les métiers de l’Entertainment, comme la musique ou encore la télévision. Par ailleurs, il est vrai que la télévision ne correspond pas à notre cœur de métier, même si l’expérience et le savoir-faire acquis sont aujourd’hui très précieux. Nous travaillons donc sur plusieurs pistes de partenariats pour Orange sport. Aujourd’hui, mon travail, vis-à-vis des abonnés de la chaîne, est de proposer le meilleur produit qui soit, et, vis-à-vis des futurs partenaires potentiels, de proposer le produit le plus cohérent, le plus sain, le plus attractif qui soit, mission en totale adéquation avec la stratégie du groupe.

D’accord, la télé n’est pas le cœur de métier d’Orange. Pourquoi alors avoir lancé Orange sport… Surtout que, depuis, vous avez montré qu’on pouvait en faire une chaîne de qualité. Ce doit être frustrant pour l’homme de télé que vous êtes…

- La logique de partenariat est intéressante. Je considère, et c’est mon côté footballeur, que je porte le maillot d’une équipe et que si elle décide d’avoir un jeu différent, c’est aussi à moi d’y apporter ma pierre et d’y contribuer. Les orientations stratégiques sont aujourd’hui sensiblement différentes de celles qui ont été à l’origine de la création des chaînes Orange. Pour autant, les deux stratégies ont un point commun, que Stéphane Richard a toujours souligné, à savoir que les contenus restent au cœur de la stratégie du groupe. C’est pourquoi, sur nos activités d’édition, nous travaillons sur cette logique de partenariat.

Orange conservera des droits sportifs pour les mobiles, les tablettes de type Ipad, etc.. C’est une nouvelle forme de télé qui se prépare en fait…

- Les orientations stratégiques sur ces sujets sont en réflexion et il est vrai que le marché a en effet évolué depuis trois ans d’une manière fulgurante. Pour ce qui est des contenus, j’explique souvent que nous avons trois métiers chez Orange : le métier d’agrégation, avec pour objectif de proposer les meilleurs contenus à nos clients, le métier d’enrichissement avec par exemple le développement de services comme la catch up ou encore la 3D, et le métier d’édition. L’évolution profonde du marché ces dernières années et aussi le bilan de nos activités nous amènent naturellement à faire évoluer les équilibres et nos orientations. Aujourd’hui, avec pour objectif principal d’avoir accès aux meilleurs contenus et d’enrichir nos réseaux, nous nouons des partenariats stratégiques avec des acteurs comme Deezer, Dailymotion, des marques très fortes. Je comprends que ces orientations puissent parfois être sensibles, notamment lorsqu’elles touchent des produits aussi universels que la télévision, mais ces orientations correspondent à une logique d’entreprise qui se tourne vers son avenir.

Finalement, ne vous en a-t-on pas demandé un peu trop, trop vite, avec Orange sport en matière de résultats ?

- Je ne crois pas qu’on nous en a demandé trop, mais je crois surtout que le marché évolue tellement vite qu’il nous faut nous aussi nous adapter à notre environnement. Sur Orange sport, je n’ai jamais ressenti une pression particulière. Nous avons, comme dans toute entreprise, des objectifs, en matière d’abonnements, de gestion budgétaire et financière, en termes d’offre. Nous nous sommes attachés à les tenir. Mais notre activité doit être mise en perspective d’enjeux plus vastes, ceux du groupe Orange, et d’un marché plus large, celui des télécoms, qui évolue très vite et qui est très concurrentiel. Donc, je n’estime pas qu’on nous en ait demandé trop ou que l’on ait été trop ambitieux mais simplement que le marché a évolué, que certains résultats, notamment en matière de parts de marché, n’ont pas été à la hauteur des attentes, et que l’entreprise doit faire des choix.

Difficile d’admettre que la stratégie l’emporte sur la qualité finalement ?

- Si je prends mon parcours personnel, j’aurais tendance à dire que quand la mission est d’éditer des chaînes de télévision au sein d’un groupe comme M6, c’est naturel, car c’est l’activité principale et que l’on touche à son cœur de métier. Chez Orange, la télévision n’en est pas le cœur de métier. En venant chez Orange tu le sais, tu acceptes les règles du jeu.

Donc, il faut déjà penser à l’avenir, à une nouvelle forme de télé sportive, sur d’autres écrans que la télé traditionnelle ?

- Il est sûr que ces nouvelles orientations, et à travers celles-ci des partenariats avec des acteurs comme Dailymotion ou Deezer par exemple, offrent la possibilité d’imaginer de nouveaux développements, de nouveaux concepts, de nouvelles idées.. Nous avons vocation à proposer les meilleurs contenus sur nos plateformes et à travailler parallèlement la différenciation. Nous avons par exemple été les premiers à développer la 3D avec Roland Garros, à développer des offres de catch up… Même si historiquement je suis un dirigeant de chaîne de télévision, intellectuellement je trouve que tous ces défis qui s’annoncent sont très séduisants et passionnants, que ce soit d’un point de vue développement, business ou encore marketing. Prenez par exemple Dailymotion avec lequel les négociations sont en cours : ils ont un savoir-faire, une audience, nous avons nous aussi un savoir-faire, une expertise, et la réunion des deux peut nous amener à réaliser des choses intéressantes. C’est excitant.

Concernant les programmes d’Orange sport, l’ATP était votre dernier gros coup en matière d’achats de droits télé ?

- L’ATP est un droit majeur, quasiment 1000 heures de programmes par an. Je vous parlais de piliers en début d’entretien, le tennis, avec l’ATP, est dorénavant un pilier majeur de notre offre. Aujourd’hui, celle-ci est équilibrée. Nous touchons toutes les cibles d’âge et adressons avec le tennis des cibles plus larges et notamment féminines. Sans prétention aucune, nous avons toujours cherché à démocratiser le sport à la télévision. Donc, pour vous répondre, l’ATP est effectivement le principal investissement que nous avons réalisé l’an dernier. Nous n’excluons pas d’étudier toute opportunité mais, c’est mon rôle, je me place aussi dans une logique de gestion budgétaire raisonnable et raisonnée dans une phase de réflexion et de discussion avec des partenaires potentiels.

En clair, vous arrêtez la course aux droits télé ? Donc vous optez désormais pour une politique de « coups », un événement par-ci, par-là, comme peut le faire Direct 8 par exemple ?

- Non, disons qu’aujourd’hui la grille est riche et solide. Mais nous ne nous interdisons pas d’étudier les opportunités qui se présentent à nous. Un exemple, notre dernière acquisition : le match de foot amical Côte d’Ivoire-Mali, marqué notamment par le retour de Didier Drogba en sélection.

Orange sport, c’est 6 euros par mois. Quand je regarde le bulletin des programmes hebdomadaire qui part à la presse le mardi, je me pose toujours la question de savoir si nos clients en ont pour 1,50 euros chaque semaine. Aujourd’hui, je considère que oui. Nous avons une très bonne chaîne mais je vous confirme que nous ne nous interdisons pas d’étudier les opportunités qui se présentent à nous et le cas échéant de faire des coups, avec pour objectif de proposer le meilleur produit à nos clients.

Orange sport n’est donc pas aujourd’hui une boîte de gens démotivés par l’avenir de la chaîne dans les deux ans ?

- Sincèrement, nous ne sommes pas dans une situation toujours facile à vivre parce qu’effectivement il y a des incertitudes autour de notre activité, mais encore une fois, au quotidien, notre objectif est de faire le meilleur produit, pour nos abonnés et nos partenaires potentiels. Je remercie régulièrement mes équipes qui travaillent énormément et restent mobilisées. L’avenir est incertain mais, potentiellement, il peut présenter de très belles opportunités. Ca vaut le coup de se battre pour ça. Et je dis tout le temps à mes équipes que le meilleur service que nous puissions nous rendre, c’est de continuer à bien faire notre boulot, même si ce n’est pas tous les jours facile. Et puis, je suis breton et je dis toujours que c’est dans la tempête qu’on reconnaît les bons marins.

Déjà des idées pour Dailymotion ?

- Nous sommes encore au stade des négociations et n’y avons pas encore réfléchi spécifiquement. Mais je vais en prendre une, qui n’est pas révolutionnaire mais qui est un exemple : le studio des supporters. Quand on a lancé cette idée l’an dernier pour la Ligue 1, à savoir ce studio posé à proximité des stades ouverts aux fans et au sein duquel nous réalisons notamment un commentaire fait par un duo constitué d’un supporter de chaque équipe, on créé de l’interactivité, on renforce la proximité entre nos abonnés et nos programmes. Ce que personne ne fait ailleurs. Et nous envoyons également une image positive du sport, ce qui ne fait pas de mal en ces temps pas toujours réjouissants, notamment pour le football. L’exploitation de cette idée avec Dailymotion pourrait être une opération très intéressante en matière d’interactivité et de proximité. D’autant plus que Dailymotion apporte une audience phénoménale. Nous pourrions ainsi donner de la visibilité, dans une logique win win, à plusieurs opérations que nous avons développées sur Orange sport.

Pour l’instant place à L’ATP

- L’ATP a commencé le 10 février dernier avec le tournoi de Rotterdam autour, entre autres, d’une soirée spéciale pour lancer le tennis sur la chaîne (voir la présentation de l’ATP sur Orange sport). Nous enchainerons avec Dubaï, Memphis, Indians Wells, Madrid au printemps, que des beaux tournois. Nous proposerons en complément autour de chaque tournoi le « Mag du Tournoi » avec Benoit Maylin, qui vient de l’Equipe TV, que je découvre un peu plus chaque jour et qui est vraiment excellent. Nous proposerons également un programme original qui est « Out » avec Stéphane Floricien, le monsieur coulisses de l’ATP.

Un traitement différent de ce que faisait Canal+ ?

- J’ai toujours dit que quand je développe mes produits, je cherche à tracer et creuser mon sillon sans le comparer à celui des autres. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour Canal+ et pour tout ce que ce groupe a apporté au sport. Nous, nous cherchons à apporter notre pierre à l’édifice dans un positionnement assez différent avec plus de proximité, d’interactivité, avec pour objectif de mettre nos abonnés au cœur des programmes, d’aller plus loin dans les coulisses. Je ne cherche pas nécessairement à ne pas faire comme Canal+. Il faut avant tout proposer un produit crédible et ensuite le marquer de notre empreinte.

On s’est enflammé sur la 3D. N’est-ce pas un feu de paille en terme de contenus ?

- C’est vrai que la 3D doit encore progresser, notamment d’un point de vue technique. Et c’est normal. Nous sortons de la phase expérimentale de la 3D en télévision et son développement est encore important. Mais je trouve la 3D bluffante. Et à partir du moment où il y a un vrai produit avec une vraie valeur ajoutée, et c’est le cas de la 3D, il y a un avenir et une réalité économique derrière. J’ai le sentiment qu’après la phase expérimentale, nous sommes aujourd’hui dans une phase marketing pour la 3D. La coupe du monde de foot 2010 a été un premier coup d’accélérateur à travers des effets d’annonce et des prises de paroles de fabricants notamment. Ce n’est pas anodin, surtout pour les fabricants d’écrans car la coupe du monde de foot est toujours un moment clé pour la vente de téléviseurs. Mais quand on discute avec les experts de la 3D, j’ai le sentiment qu’il faudra encore quelques années avant que ce produit ne se démocratise. Nous travaillons activement et depuis longtemps sur la 3D : nous avons été les premiers à en faire à Roland Garros, puis les premiers en Europe à faire un match de foot, puis d’autres tests ont été faits dans le spectacle vivant notamment. Orange a vraiment de l’avance dans ce domaine, propose déjà aujourd’hui une offre sur son service de télévision. Mais nous sommes encore dans une phase de maturation de cette nouvelle expérience de la télé avant, j’en suis convaincu, que la 3D ne devienne une réalité.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc, en exclusivité pour « En Pleine Lucarne ». Reproduction interdite sans mention du lien.

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Vincent Rousselet-Blanc

(0) Readers Comments

  1. « Sans prétention aucune, nous avons toujours cherché à démocratiser le sport à la télévision. »
    Mais de qui se moque-t-on, enfin ?!
    Démocratiser le sport à la télévision, c’est le rendre accessible au plus grand nombre, soit permettre aux autres opérateurs de reprendre les programmes d’Orange Sport dans leurs bouquets, quitte à ce que cela suppose le paiement d’une option supplémentaire !
    Orange a payé sa stratégie de restreindre l’accès à Orange Sport à ses seuls abonnés Tripe-Play.
    J’aurais souhaité que M. Robert eut été un peu plus loquace et sache le reconnaître.

  2. Pingback: Tweets that mention Interview - Pierre Robert, directeur des programmes d'Orange Sport : "c'est dans la tempête qu'on reconnaît les bon… -- Topsy.com

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