Entretiens EPL Football Les News — 28 février 2011

Aux commandes du Canal Football Club depuis la première baptisée fin aout 2008, Hervé Mathoux fête aujourd’hui la 100e du magazine de la Ligue 1. En deux ans et demi, l’émission de foot en clair de Canal+ a beaucoup évolué pour finalement s’imposer auprès du grand public, mais aussi auprès des abonnés sceptiques, grâce à une coupe du monde rocambolesque. Le présentateur et rédacteur en chef, d’habitude très discret dans les médias, revient longuement sur cette aventure et, en bon capitaine, défend son équipe contre les critiques (trop de bla bla, « beaufisation » de l’antenne, etc…) qui n’ont pas manqué de s’abattre sur elle, notamment depuis l’arrivée de Pierre Ménès. Interview.

Allons-y pour la question bateau du jour : quel est le premier bilan que tu tires de ces 100 premiers numéros ?

Premier constat, je n’ai pas vu le temps passer. Ensuite, en 2008, nous sommes partis de rien et il fallait imaginer une émission lourde, de plateau, un genre que Canal+ n’avait pas créé depuis longtemps, qui sorte des émissions de résumés de foot traditionnelles de la chaîne (Jour de foot), avec un processus de fabrication nouveau pour la chaîne faisant intervenir un producteur extérieur (Flab). Le premier bilan est qu’en deux ans et demi, on a réussi à vraiment trouver notre place dans le paysage télévisuel footballistique.

A quoi le mesure-t-on ?

Quand on a lancé l’émission, il était assez compliqué d’avoir des invités par exemple. Aujourd’hui, ce sont les acteurs du foot qui nous sollicitent pour venir participer au CFC. Ils ont compris que s’ils voulaient faire passer un message fort, le Canal Football Club était le bon endroit pour le faire. Ca nous montre le chemin parcouru et ça fait plaisir.

Toi qui a participé avec Cyril Linette à la création de cette émission, est-ce une émission qui te ressemble ? Reflète-t-elle ta manière de voir le foot ?

Il y a plusieurs manières de voir le foot sur Canal+ avec les Spécialistes, les Spécimens, Jour de foot ou l’Equipe du Dimanche. En revanche, c’est une émission, entre guillemets, « qui me ressemble » dans la mesure où c’est une émission de synthèse entre le côté expert qui est dans les gènes de Canal+, et l’autre, plus grand public. C’était notre grand défi en créant le CFC : faire une émission qui tranche avec ce que Canal faisait jusqu’alors. Il fallait à la fois y retrouver les valeurs de Canal et satisfaire un public moins spécialiste : en ça, cet exercice me correspond bien.

D’autant que tu avais cette fibre grand public de par ton parcours professionnel.

Oui, quand je suis arrivé à Canal, je venais de TF1. J’arrivais très attiré par ce que représentait Canal en matière d’expertise, mais j’ai toujours voulu garder un oeil attentif sur le grand public. Le Canal Football Club, qui en plus est en clair, me permet de concilier les deux. Je me reconnais donc dans cet équilibre. Mais l’expertise Canal est totalement constitutive de ce qu’est le CFC aujourd’hui et je la défends complètement.

Allez, je sais que tu n’aimes pas te mettre en avant, mais tu as été lauréat ces deux dernières années des Mag d’Or de l’Equipe Mag en tant que meilleur journaliste sportif, c’est donc que le succès du CFC ce n’est pas uniquement du à Pierre Ménès et à ses consultants ?

Oui, je ne vais pas dire que je n’y suis pour rien dans tout ça, d’autant que j’en suis aussi le rédacteur en chef. Je n’en suis pas seulement le présentateur et je m’investis totalement dans le contenu. Disons que je me vois comme le garant de l’équilibre dont on a parlé.

Le Canal Football Club, composé de grandes gueules, d’experts, de résumés de matchs, regardée par un public varié, est-il difficile à diriger ou bien, après 100 numéros, est-ce devenu une routine ?

Non, ce n’est jamais facile parce qu’il y a beaucoup de monde en plateau et que nous ne sommes pas un dans un talk show ! Honnêtement, animer un talk avec plein de grandes gueules, sans contraintes de temps parce qu’ils sont souvent enregistrés ou alors avec beaucoup de temps parce que la formule talk peut le permettre, c’est plus simple que de tenir le CFC, qui lui est en direct et qui, je le répète, n’est pas un talk show ! Il ne faut pas perdre de vue que chez nous le plus important restent les images.

Justement, les images. On a l’impression qu’au fil du temps, il y en a moins.

Je pense que tu te trompes. Et l’émission a été allongée de 20 minutes ce qui peut donner ce sentiment. Mais je dirais non seulement qu’il n’y a pas moins d’images, mais peut-être plus qu’au début. Si on a le sentiment qu’il y en a moins, c’est sans doute que l’on gère mieux la parole en plateau, on est plus rodé, mais l’émission reste sur un rapport entre images et plateau qui n’a pas changé. Et puis ce serait bête de transformer le Canal Football Club en talk alors que justement nous avons l’exclusivité des images. En revanche, on donne du sens aux images par nos plateaux. Oui, ça on le revendique. On part toujours des images pour donner du sens. On ne veut absolument pas prendre le virage du talk.

Une des grosses évolutions du Canal Football Club, sans jeu de mot, a été l’arrivée de Pierre Ménès. Elle vous a d’ailleurs valu de nombreuses critiques, notamment celles vous accusant de « beaufiser » Canal+ (voir l’interview de Pierre Ménès à à ce sujet). Qu’en penses-tu ?

Ces critiques sont injustifiées. Pierre fait parler parce qu’il génère de la circulation d’idées et ça tombe bien puisqu’il est là pour ça. En fait, après avoir fait le constat d’une première année qui nous avait donné satisfaction mais où l’on avait le sentiment que la parole avait du mal à se libérer parce que finalement tout le monde était d’accord, Pierre, avec une forme qui est la sienne et qui peut éventuellement déplaire, amène des idées différentes qui rallient ou divisent. Il a amené ce déséquilibre qui gène toujours quand il y a au préalable un équilibre comme celui de la première version du CFC. C’est exactement ce que l’on souhaitait. Avec l’arrivée de Pierre, on a pu proposer une version du Canal Football Club complète : qui offre du spectacle, grâce aux images, de l’info avec des reportages, et qui donne de l’opinion incarnée par Pierre, Marco Simone, Dugarry, chacun avec des pensées fortes et qui les expriment fortement. Si donner de l’opinion c’est être beauf… je ne crois pas. C’est juste que Pierre Ménès a ses codes de dialogues qui sont un peu directs ! Ca ne me dérange pas, il ne faut pas être coincé non plus.

Ca n’a pas du être simple de trouver le bon équilibre entre Pierre et toi ?

C’est sûr qu’au début, il m’a fallu faire plus d’efforts car, pour prendre une image de foot, quand tu arrives dans un nouveau club, avec de nouveaux joueurs, les automatismes ne naissent pas du jour au lendemain. De temps en temps, tu attends le ballon dans les pieds et tu reçois une mauvaise passe. Il fallait aussi que de son côté Pierre s’habitue à ne plus être dans une émission de talk, parce que lui en vient (100% Foot sur M6, ndlr) et là il pouvait en dire et en dire et en dire… Au CFC, la place de la parole étant moins importante, il a fallu tous nous régler.

La notion de divertissement est-elle au centre de votre réflexion quand on fait une émission en clair ? Je fais référence par exemple à la « Fan Girl » qui dressait le portrait humoristique de l’invité et qui a été assez vite arrêtée.

En fait, avant que l’émission n’arrive à l’antenne, j’ai passé mon temps à dire à la presse que le Canal Football Club n’était pas un divertissement mais que j’espérais que ce soit une émission divertissante. Mais tout le monde a cru que parce que le CFC n’allait pas être une émission de spécialistes de chez spécialiste, ça allait au contraire être un divertissement autour du foot. Non, ce n’est pas du tout ça et j’espère que les gens le comprennent mieux aujourd’hui : c’est une émission de football qui fait en sorte qu’on ne s’emmerde pas. Et encore plus à une heure de grande écoute. On essaye de faire une émission de spectacle parce qu’on a la chance d’avoir les images de Ligue 1, mais ensuite, le foot est devenu un milieu qui se prend très au sérieux car il y a beaucoup d’argent en jeu, etc. Notre métier est de faire de tout ça une émission agréable à regarder pour tout le monde parce qu’on nous regarde pour s’informer mais aussi pour se détendre.

Placer une émission de foot le dimanche soir n’est-ce pas pénalisant pour l’audience… et pour la paix des ménages à une heure où il faut choisir entre le foot et regarder les magazines d’infos et le film ou la série du dimanche soir ? A moins d’avoir deux télés. (rires)

Nous sommes diffusés à un horaire à la fois difficile et formidable. Il est difficile parce que la concurrence est énorme, la plus grosse concurrence étant celle avec la vie tout simplement : on est en fin de week-end, il faut s’occuper des enfants, les faire manger, il y a plein d’autres choses à faire que de regarder la télé autour de 20h. Et puis c’est formidable d’être là car c’est un vrai carrefour d’audience entre l’info, les JT, les mags d’info, les films, le foot… C’est excitant pour nous car nous sommes à l’antenne 35min après la fin des matchs décalés du dimanche après-midi, avec des matchs souvent très intéressants (PSG et Marseille, ce week-end). Ce serait bête d’être diffusé avant et de ne pas pouvoir montrer ces résumés grands formats et on enchaîne avec un grand match (Lille-Lyon, ce soir). On préfère donc aller au combat avec cet horaire compliqué que de dégainer facilement parce qu’on serait le midi et qu’il n’y a personne en face à part la messe.

Depuis le début du Canal Football Club, vous avez imposé une présence féminine en plateau, celle d’Isabelle Moreau en l’occurrence. Or, si tous les autres membres du CFC ont des rôles bien définis, celui d’Isabelle l’est moins et au final on peut se demander, que fait-elle là ?

Ce serait un homme, se poserait-on la même question ? Isabelle est une journaliste et c’est à elle d’intervenir par sa propre sensibilité, ses questions. Avec Aulas par exemple, dimanche dernier, ça s’est super bien passé. Mais je t’accorde qu’elle n’a pas un rôle défini. Il est plus flou que pour les autres.

Lui donner une rubrique pour la légitimer ne serait pas une solution ?

On y a pensé, on lui en a donné pendant le coupe du monde par exemple, après, on n’a pas aujourd’hui le temps dans le CFC pour créer une nouvelle rubrique. Et puis les autres n’ont pas de rubrique non plus. Tous interviennent comme ils veulent, Isabelle aussi.

Si tu avais un meilleur souvenir à retenir de ces deux ans et demi de Canal Football Club ?

La coupe du monde ! C’est paradoxal parce que c’était une formule inhabituelle pour l’émission. Le jour de Knysna restera comme un moment extrêmement fort. On était en plein pendant la coupe du monde, on a sorti des infos importantes, on était chaud, et tout ça a pris des proportions invraisemblables et qu’on avait pas vu venir. J’ai eu le sentiment de vivre quelque chose qui allait vraiment marquer et faire date. Un peu comme un journaliste de politique étrangère qui voit tomber le Mur de Berlin en direct. Toutes proportions gardées c’est un grand souvenir car on était immergés dans l’actualité de la coupe du monde et que les choses se passaient chez nous, dans le CFC, avec les débats, les infos. C’était un sentiment de plénitude. Ensuite, il n’y a pas une émission qui ressort parmi d’autres. On a eu tous les grands joueurs, entraîneurs ou présidents en invités, vécu quelques moments rares, etc…

On a l’impression que la coupe du monde a constitué un véritable déclic pour l’émission, que ce soit dans la forme ou le fond.

Je suis d’accord. D’abord parce qu’en un mois on a fait une trentaine d’émissions, soit une saison presque complète puisque c’était une quotidienne. On a donc pu se rôder à vitesse grand V. Ensuite, je pense qu’on a gagné une forme de légitimité vis-à-vis de nos abonnés justement parce qu’avant la création du CFC certains de nos abonnés pensaient qu’on allait faire une émission de divertissement, en clair, grand public, etc et ne sont pas venus. Et là, pendant la coupe du monde, avec un CFc en crypté, ceux qui sont venus ont vu ce que nous faisions vraiment.

Bref, tu te vois aux commandes du Canal Football Club pour longtemps ?

J’ai passé trois ans à Jour de Foot, six ans à l’Equipe du Dimanche, et je suis loin d’être lassé du Canal Football Club car l’émission vit chaque semaine, est différente chaque semaine parce qu’on est sur de l’actualité et je compte bien présenter la 200e.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc, en exclusivité pour Enpleinelucarne.net Mention obligatoire.

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