Entretiens EPL Football Les News — 10 février 2011

@Christophe Chevalin

Résidant à Londres, très occupé à produire son vin (médaillé d’argent 2008 au concours International Wine Challenge avec son rosé « Coste Brulade »), élève à la Royal Academy of Dramatic Art, des projets d’académie de football aux Etats-Unis… David Ginola est un homme très occupé, que l’on avait pas vu depuis longtemps sur les écrans français. Alors, fans d’ « El Magnifico », préparez-vous : l’ancien danseur étoile du Parc des Princes avec le PSG revient faire quelques feintes de corps sur TF1 dans l’émission de divertissement « Danse avec les Stars » (photo avec Silvia, sa prof) qui débute le 12 février. L’occasion non seulement de lui demander ce qu’il est venu faire là, mais aussi de s’entretenir sur ses projets, ses envies et sur un éventuel retour dans le monde du foot dont il rêve. Au PSG ? Interview et réponses.

David, on ne vous voyait plus trop faire l’actu en France ces derniers temps et vous voilà à l’affiche dans une émission de TF1, un divertissement, « Danse avec les stars ». Qu’est-ce qui a bien pu vous décider à accepter ?

- C’est une émission que je suivais en Angleterre et qui marche très bien là-bas (et, selon son agent, à laquelle on lui avait demandé plusieurs fois de participer). Je n’aime pas forcément participer à ce genre d’émission, mais « Danse avec les stars » me permet de relever un vrai challenge sportif, de retrouver un rythme d’activité physique au quotidien, pendant un certain temps, de renouer avec l’effort, la transpiration, de développer des qualités de danseur que je n’ai pas à la base et de découvrir une discipline qui n’était pas la mienne. Le tout dans un cadre sympa. C’est pourquoi, quand TF1 m’a demandé, j’ai accepté avec plaisir.

C’est un programme si sportif que ça ?

- C’est énorme ! J’ai commencé il y a dix jours, on a un jour de repos par semaine et j’ai déjà perdu 5 kilos ! Je transpire comme ce n’est pas permis, c’est très intense, très physique. On démarre de rien pour arriver à un résultat qui est déjà très très bien en si peu de temps. On travaille beaucoup, j’y mets de l’application, de l’écoute.

Vous vouliez devenir un super danseur ?

- Ecoutez, je vais essayer de faire le maximum, comme je l’ai toujours fait. Après, sur le résultat, c’est sûr qu’il y aura des défauts, je n’ai pas 15 ans de danse derrière moi. Mais en danse, je n’ai rien à prouver. Je ne suis pas là pour prouver que je suis un super danseur, mais juste qu’on peut, en peu de temps, avec des professionnels, arriver à des choses intéressantes, à réaliser un projet et le concrétiser devant un public.

Pourquoi ne vous voit-on plus du tout dans le milieu du foot comme de nombreux anciens joueurs devenus consultants télé par exemple ? Le foot ne vous intéresse plus ?

- Non, ce n’est pas ça. On a l’habitude de dire que Ginola est le roi du contre-pied, que c’était ma principale qualité sur le terrain, alors j’ai fait d’autres choses que celles où l’on m’attendait. Plus sérieusement, c’est juste qu’il y a déjà de très nombreux anciens joueurs consultants, alors, être un consultant de plus parmi ceux-là…

Attendez, vous êtes David Ginola, une vraie star du foot en France ou en Angleterre…

- Non, non, non, ce n’est pas une question de prétention, je n’avais juste pas envie après ma carrière de joueur de faire ce boulot, de partir tous les week-ends sur les stades, de couvrir l’actu footballistique. J’aurais eu un grand plaisir, si on me l’avait demandé, à intervenir ponctuellement, sur des choses bien précises, mais pas de m’investir totalement dans le métier de consultant. J’avais envie d’autres choses à l’époque et d’essayer d’aller sur des terrains que je ne connaissais pas. Ca m’a amené à faire du cinéma, de la mode, du vin, pas mal de trucs. Mais je dois vous dire que le football me manque énormément. Pas la pratique, mais le contact avec le terrain, le milieu, les joueurs, avec un club. J’ai quand même proposé plusieurs fois ma candidature au Paris Saint Germain  pour intégrer le staff. Ca ne s’est jamais fait. Je ne vais pas insister non plus, c’est comme en amour, il faut être deux pour qu’une aventure débute. Tout seul, malgré mon envie et mon désir, je ne peux pas décider d’influer sur certaines personnes qui sont à la tête des instances du football français.

Selon vous, on ne fait plus assez appel ou confiance aux anciens joueurs dans les clubs aujourd’hui ?

- Oui. Moi je suis partie prenante de cette idée là, pas pour défendre le fait que je sois footballeur et qu’aujourd’hui le football appartient aux footballeurs. Non. Mais je pense qu’il doit y avoir dans les clubs un mélange de styles, de genres, d’idées, qui fasse qu’il y ait aujourd’hui plus de place pour les ex footballeurs. Et quand je dis footballeurs, je parle de gens intelligents, avec des idées, des projets intéressants.

Et vous êtes de ceux-là ?

- Je pense faire partie de ces joueurs qui, à un moment de leur carrière, ont à la fois suscité de l’admiration et de la haine, l’amour, tous ces sentiments, j’ai vécu des moments exceptionnels, d’autres beaucoup moins, j’ai vécu en Angleterre sept saisons superbes, bref, j’ai une expérience à faire partager à des joueurs, pour restaurer l’esprit de famille dans un club. Je pense qu’il n’y a que les anciens joueurs qui peuvent véritablement insuffler à une équipe, un vent de renouveau, de fraîcheur. Le football a besoin de retrouver une dynamique, une image positive de gens qui s’investissent dans un club, dans la vie autour d’eux par des gestes symboliques, par des actions. On parle beaucoup d’argent dans le football, alors pourquoi par exemple ne pas en redistribuer un peu à ceux qui en ont besoin.

- Et restaurer la notion d’appartenance à un club ?

- Oui, le respect du maillot, l’amour pour son club, ça ça résume tout. Il faudrait arrêter un peu de se regarder le nombril et d’avoir un état d’esprit plus collectif, plus dans le partage, se mettre au service de l’équipe, du club, mais aussi au niveau de la communauté pour montrer qu’au sein du foot il y a des gens de qualité, qui gagnent de l’argent certes, et c’est normal, mais qui, aussi, ne se foutent pas de la société dans laquelle ils vivent. Il faut montrer que le foot est un milieu qui a du coeur et ouvert aux autres. Ca permettrait d’arrêter d’entendre dire que le foot est un milieu fermé qui ne se soucie pas de ce qui se passe en dehors.

Vous qui parlez bien, au physique plutôt avenant, faire de la télé ne vous a jamais intéressé ? On vous a fait des propositions ?

- Le problème est que l’on enferme des gens dans des cases. Si tu as été footballeur, ton créneau c’est consultant ou commentateur de matchs. Moi, je suis passé à autre chose et je pourrais tout aussi bien aujourd’hui parler de foot comme de politique ou de n’importe quel sujet. Ce n’est pas prétentieux, c’est juste que depuis toujours on a enfermé le footballeur dans une catégorie bien précise : pas forcément les plus intelligents du monde, qui n’ont pas été à l’école très longtemps, qui ne sont pas bardés de diplômes et qui aujourd’hui sortis de « on va jouer en 4-4-2, attaque-défense, hors-jeu et penalty », ne sont pas capables de parler d’autre chose.  Il faudrait faire exploser ces cases, ces à priori, et voir que dans le milieu du football, et j’en ai rencontré pas mal, il y a des gens capables d’avoir une réflexion, des visions sur l’avenir sans penser uniquement au foot, et, pourquoi pas, les faire entrer dans des émissions atypiques qui pourraient redonner un certain souffle à certains programmes.

Mais priorité à un retour dans le foot si j’ai bien compris…

- Oui, c’est vrai que j’aimerais vraiment revenir dans un club avec des idées sur le recrutement, sur la communication, le marketing, les produits dérivés, les contrats publicitaires. En Angleterre, l’aspect marketing d’un club comme Manchester United, par exemple, est énorme. Ce club gagne énormément d’argent en dehors des ventes de billets à Old Trafford. Il faut développer les capacités de nos clubs français à se vendre à travers le monde et remettre l’image du foot français au même niveau que celle des grands clubs européens, alors que dans les années 90 avec Marseille et le PSG on avait montré qu’on était capable de faire partie de l’élite européenne. Aujourd’hui, à part Lyon, et encore, on fait office de petit pays du football. Ca ne doit pas être le cas car notre équipe nationale marche bien, nos éducateurs sont parmi les meilleurs du monde et nos meilleurs joueurs sont dans les plus grands clubs d’Europe. Il faudrait trouver le moyen de les garder chez nous.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc, en exclusivité pour En Pleine Lucarne. Reproduction autorisée avec citation de la source et du lien.

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