Entretiens EPL Football Les News — 05 décembre 2010

Suite de notre entretien avec Fabien Lévèque.
Le jeune journaliste sportif de la rédaction de France Télévisions occupe depuis trois ans le poste très convoité de commentateur vedette des matchs de foot du service public (coupe de la ligue, coupe de France, Coupe d’Angleterre, coupe du monde 2010…), en duo avec Xavier Gravelaine. Comment en est-il arrivé là si vite ? Comment vit-il cette ascension, lui qui a débuté à France Télé en 2003 ? Commenter la coupe du monde 2010 en Afrique du Sud lui a-t-elle permis de franchir un cap ? Quels sont ses rêves, ses goûts, à quoi veut-il faire ressembler, Fabulous Foot, le blog qu’il anime sur le site de France télé ? Comment envisage-t-il son avenir ? Je lui ai demandé tout ça, et bien d’autres choses.

Interview amicale et détendue en exclu pour Pleine Lucarne que l’on vous proposera en 3 parties. Voici la 2e partie

Partie 1 : du rêve à la réalité, les débuts.
Partie 2 : « La coupe du monde m’a permis de franchir un cap »
Partie 3 : « je rêve d’animer un magazine foot »


Pleine Lucarne -…tu nous disais « pourvu que ça dure ». Il y a une raison pour que tu ne restes pas en poste ?
Fabien Lévèque - Non, mais à France Télévisions, il y a beaucoup de rotations. Depuis 7-8 ans, ça tourne tous les deux ans environ. Moi avec cette troisième saison j’ai déjà battu un record (rires). Et j’espère que ça va durer longtemps car c’est vraiment ce que je préfère faire dans mon métier.


- Comment se sont passés tes débuts avec Xavier Gravelaine. Ca n’a pas dû être facile ? 

-F.L - Non, ça n’a pas été facile car j’avais une pression, j’étais attendu au tournant. Mais l’avantage avec Xavier c’est qu’humainement c’est quelqu’un de super. On s’est très vite très bien entendu, il m’a tout de suite mis à l’aise. C’était la personne idéale pour mes débuts. Il a fait en sorte que je sois décontracté, naturel. Ca fait maintenant la 3e année qu’on commente en duo, la coupe du monde nous a encore un peu plus rapprochés car nous avons passé quasiment un mois ensemble en Afrique du Sud.


- Comparé à tous les consultants du marché, notament ceux de Canal+, comment tu situes Xavier Gravelaine ?

F.L – C’est vrai qu’il y en a beaucoup et je les ai tous regardés, ils sont tous bons, mais, franchement, il n’y en pas un qui sorte énormément du lot, Xavier est parfait pour le rôle.


- Tu peux donc t’imaginer faire avec le tandem Lévèque-Gravelaine une carrière à la Roland-Larqué ?

F.L - Je n’en sais rien, mais je ne pense pas. D’abord parce qu’il faut du temps pour vraiment installer ce qu’ont installé Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, dans l’esprit des gens. Ils ont passé plus de 20 ans ensembles. Et je pense pas que Xavier fera ça toute sa vie, qu’il continuera encore pendant dix ans. Je n’en suis pas sûr. Ca fait déjà 7 ans qu’il est consultant foot à France Télévisions. Je le vois continuer ce métier de consultant encore 5 ans environ, et peut-être qu’il passera à autre chose.


- Les téléspectateurs amateurs de foot voient bien que chaque commentateur possède son style. Comment définirais-tu le tien ?

F.L - Le but c’est bien sûr d’être passionné, et je le suis, et de faire vivre le match au mieux. On n’a pas le droit d’être monotone. Mais c’est le match qui dicte le rythme du commentaire. Il faut savoir s’enflammer quand il le faut, laisser vivre les actions sans rien dire quand ça le mérite, faire monter la sauce, comme on dit, quand on est devant le but. Me concernant, je ne monte pas souvent dans les tours, j’essaye de rester dans les limites raisonnables.

- Y-a-t-il une patte « service public » dans l’art du commentaire de foot ?

F.L - Non, on ne m’a jamais donné de consignes de commentaires. Mais c’est vrai que comparé à Canal+ qui a un public d’abonnés, de fans purs et durs, nous, sur France Télévisions on touche un public plus large, peut-être parfois moins amateur, moins passionné. Le commentaire est donc peut-être un peu différent, moins technique, avec moins de stats. De toute façon, le commentaire se fait au feeling, on ne connait pas le déroulé du match à l’avance. Mais ce qui est sûr c’est que je me refuse à survendre un match. S’il est mauvais, il faut le dire ! Car les téléspectateurs devant leur poste, ils le voient bien qu’il est mauvais. Ca ne sert à rien de leur dire que c’est « un bon 0-0″ si ce n’est pas vrai.

- Quand on commente, est-il difficile de rester objectif ? Es-tu tenté parfois de prendre position comme un Thierry Roland le faisait par exemple ?

F.L - Non, ça va, déjà parce que je ne commente pas de matchs qui incitent au chauvinisme. On m’a reproché récemment lors du Lyon-PSG (1-2) en coupe de la Ligue d’être pro-lyonnais en fin de match. C’était faux, c’est juste que la prolongation était complètement folle, emballante, que ça allait d’un but à l’autre et que tout ça a fait que l’on s’enflammait avec Xavier. On avait envie que ça dure. C’est normal car, comme je te dis, c’est le match qui dicte les commentaires, son rythme, son suspense. Je suis pour le moment à l’abri des commentaires à la Thierry Roland car je ne commente pas de coupe d’Europe avec des clubs français ou des matchs de l’équipe de France. Mais je peux comprendre cet aspect engagé du commentaire. Dans ces types de match, on devient chauvin naturellement. Qui ne serait pas pour l’équipe de France ? Qui ne serait pas pour la victoire d’un club français contre un club étranger ? C’est une dimension quasiment patriotique. Pour le moment je ne suis pas confronté au problème, mais le jour où ça m’arrivera alors peut-être que je deviendrai un peu chauvin. Mais je ne peux pas l’être sur un Lyon-PSG. Et, puis franchement, Thierry Roland, je pense qu’il y a plus de gens qui appréciaient ses commentaires que ceux qui n’aimaient pas.


- Toi qui est fan de foot, de grandes compétitions, de grandes émotions, n’est-ce pas frustrant que de se contenter de la coupe de la ligue et de la coupe de France ?

F.L - Déjà rien ne dit qu’un jour France Télévisions ne récupère pas un jour de la Ligue 1, des matchs de l’Equipe de France ou de la Ligue des champions. Mais moi, je m’éclate avec ce que j’ai. J’ai quand même eu la chance de commenter 4 finales au Stade de France. Ce n’est pas rien une finale ! Commenter des matchs comme ça, c’est une émotion particulière, il y a de la tension, un trophée au bout. Ca reste un grand moment de sport, c’est fantastique pour moi, que ce soit de la coupe de la Ligue ou autre chose. J’ai fait PSG-Monaco en finale de coupe de France, Marseille-Bordeaux en coupe de la Ligue, j’ai aussi commenté des matchs à Wembley pour de la coupe d’Angleterre, on ne va pas se plaindre quand même ! Après je ne vais pas te dire que commenter un match au Camp Nou de Barcelone, à Madrid ou à Manchester, ça ne me fait pas rêver. C’est le summum la Ligue des Champions ! Mais aujourd’hui je me contente et je profite vraiment de ce que j’ai car j’ai une chance inouïe de faire ça.Je suis un privilégié et j’ai déjà beaucoup de chance d’être là à mon âge.


- Puis tu as couvert ta première coupe du monde aussi…

F.L - C’était énorme ! Je n’avais même pas trente ans, je devais être l’un des plus jeunes commentateurs de l’événement foot le plus important de la planète. C’était ma toute première coupe du monde, c’était fantastique. En plus je l’ai terminée sur un quart de finale Brésil-Pays-Bas qui était exceptionnel au niveau du résultat. Des moments uniques. J’espère avoir l’occasion d’en suivre beaucoup d’autres car c’est une atmosphère tellement à part, hors dimension. Et puis cette coupe du monde m’a permis de franchir un cap professionnellement.


- Comment ?

F.L - Aujourd’hui, après avoir fait ça, je me sens plus confiant en moi, plus serein quand j’arrive derrière le micro.C’est aussi ce qu’on m’a dit en rentrant à France Télé. On m’a dit de continuer comme ça, sur ma lancée, que j’avais été à la hauteur de l’événement. Ca m’a fait plaisir car, tu sais, quand on est jeune et qu’on est bombardé en première ligne, il faut assumer tout ça. Donc la coupe du monde m’a permis de franchir un palier. Je maîtrise un peu mieux les choses, je n’hésite plus à donner mon avis.

- Comme vous ne diffusez pas du foot toutes les semaines, que fais-tu de tes journées ?

F.L (rires) Je vois où tu veux en venir, du genre « je ne fais rien, je suis payé à travailler un jour par mois, etc… ». Rassurez-vous mes journées sont bien remplies parce que je suis journaliste à la rédaction des sports et qu’il y a la page foot de Stade 2 à remplir chaque dimanche. Quand je ne commente pas, je fais des tournages, des reportages pour l’émission, en France et à l’étranger pour assure le plateau du dimanche. J’ai un planning bien chargé. Et quand il y a des matchs, je prends pas mal de temps pour les préparer.Je n’arrive pas au stade les mains dans les poches. Quoi qu’on en dise, l’exercice du commentaire n’est pas facile. Ce n’est pas inné, ça se travaille. C’est même casse-gueule car on est tout le temps en direct. Je prépare donc avec beaucoup de sérieux, je cherche des statistiques, des infos, le boulot classique quoi.

Recueilli par Vincent Rousselet-Blanc

Suite et fin de l’interview : ICI


Pour aller plus loin :

Le blog de Fabien Lévèque Fabulous Foot

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