Autres Sports Les News — 08 septembre 2010



Paris libérés

Allez à l’étranger et sondez parmi les autochtones, vous remarquerez qu’invariablement, une fois que la connivence se sera substituée aux courbettes polies, votre interlocuteur concèdera à mi-mots (surtout s’il a l’accent du Texas) à quel point l’insupportable prétention franchouillarde a franchi les frontières.

Lorsque les latins et anglo-saxons entretiennent, de Pampelune à Munich et chacun dans leur style, des réputations de fêtards (mouillés, pour les adeptes de bière), l’hexagone, rassurant les édiles élitistes, joue la carte de l’exception culturelle. Enfin, « joue la carte »… Pas tout à fait. Jusqu’à présent, la législation en matière de jeu avait permis à l’Etat de s’arroger quasiment tous les bénéfices concernant le jeu. Aussi les hautes sphères avaient-elles imposé un panel restrictif proposant, en tout et pour tout, six boules hebdomadaires, les petits chevaux, le bingo des familles, la tombola des kermesses scolaires et, si on veut jouer l’exhaustivité, quelques zones franches : de rares casinos dans lesquels on pouvait voir tortiller du croupier.

Partout ailleurs, on avait depuis la nuit des temps investi sur toutes sortes d’aléas aussi variés que la date de décès des personnalités en bout de course, les caprices de la météo ou la couleur de la nuisette qu’enlèvera Pamela Anderson dans son prochain téléfilm (si on se fie aux côtes, il n’y aura pas de prochain téléfilm). Ici, il aura fallu un alignement généralisé sur les autres membres de l’Union pour obliger le pays à révolutionner les lois régissant le jeu, permettant ainsi à de nombreux pôles d’étendre leurs activités via un business qui génère des milliards de profit de par le monde.

C’est à ce moment que les Français, si chiants jusqu’alors sont devenus un peu plus marrants.

De façon délibérée, avec des pubs amusantes, telle celle où on voit un samouraï partir à l’assaut avec une épée en plastique alors que Patrick Bruel explique que la véritable place des grands hommes, c’est la table de poker. Sur un autre pré, des jockeys improvisent un haka devant des rugbymen médusés, lorsqu’ils ne chantent pas Stewball, le cheval blanc d’Hugues Aufray en guise d’hymne national.

Plus fendard encore, les couacs émaillant l’extension du phénomène apportent de l’eau au moulin de ceux qui dénigrent les prétentions françaises.

Sur TF1, dont l’émission phare sur le football cumule six minutes effectives d’action une fois débarrassés de la pub et des interviews langue de bois de joueurs jambe de bois, Christian Jean-Pierre aurait été sommé par l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité de ne plus promouvoir Eurosportbet, qu’on peut trouver sur le site de la chaîne. De son côté, Marcel Desailly a été prié ar Canal+ de cesser tout partenariat avec Betclic, la chaîne cryptée ne tenant pas à laisser sa part du gâteau.

Plus drôle encore, Bwin et Eurosportbet encouragent les parieurs à miser pendant la mi-temps, entretenant une réactivité dont ils ne sont pas capables : les pubs, enregistrées à l’avance, n’indiquent pas les côtes…

On peut en sourire et se moquer de ce drôle de train qui traverse la France.

Au-delà des maladresses inhérentes à toute mise en place, lourdeurs qui selon Kantar Media auront coûté 26 millions d’euros en publicité à la télévision durant la seule Coupe du Monde football (dont PMU 12M€, Bwin 6M€, FDJ 5M€, Betclic 3M€), il semble que le jeu version française soit en passe de réussir son pari. 

Article rédigé par Guillaume Gonzales

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Vincent Rousselet-Blanc

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