Entretiens EPL Les News — 09 août 2010


Les athlètes français ont tellement brillé aux championnats d’Europe d’athlétisme de Barcelone (18 médailles dont 8 en or) qu’à leur retour en France, un incident télé est passé presque inaperçu.

Rappel des faits. Lundi soir, 2 août, alors que France 2 annonce dans un communiqué la présence dans son JT de 20h de 6 athlètes médaillés à Barcelone, c’est finalement Harry Roselmack qui les accueille dans son journal de 20h00 de TF1. Mais ils ne sont pas 6 mais plus que 4 en plateau.  (Soumaré, Diniz, Barras, Mekhissi). Le sprinteur Christophe Lemaitre et le perchiste Renaud Lavillenie manquent à l’appel.  La raison : leur équipementier, après avoir négocié avec France 2 et TF1, a refusé leur passage dans ces JT car il préférait voir ses poulains à l’antenne avec leurs logos plutôt qu’en survêtement officiel de l’équipe de France (Adidas). Lemaitre réussit à se rapatrier sur le journal de France 3 (19/20)qui l’invite en dernière minute en acceptant qu’il s’affiche avec son sponsor, et TF1 a récupéré 4 autres sportifs floqués Fédération Française d’Athlétisme. Lavillenie n’a pas trouvé preneur. Pourquoi un tel revirement de situation ? On a beau jeu alors de reverser la faute sur les équipementiers, ce n’est pas si simple.

Pour mieux cerner les relations entre sponsors et athlètes et les lois, souvent non écrites, qui régissent leurs relations avec les médias, mais aussi pour comprendre comment des athlètes médaillés d’or peuvent se voir interdire ou refuser l’accès à des émissions ou JT à des heures de grande écoute, « Pleine Lucarne » demandé à Henriette Lopy-Leparoux, directrice marketing de Mizuno, de nous donner quelques explications. Cette dernière est directement concernée par cet incident puisque sa marque a sous contrat depuis trois ans les athlètes Martial MBandjock et Myriam Soumaré, six médailles à eux deux (mais aussi Fred Bousquet, le nageur depuis 2009). Mizuno a laissé Myriam participer au JT de TF1 malgré l’absence de représentation de la marque. Interview.

- Que pensez-vous de l’incident qui a vu deux athlètes se voir refuser une participation au JT de TF1 par leur équipementier ?

C’est dommageable pour tout le monde mais cela reflète surtout un certain flou dans les règles qui régissent les relations entre les fédérations, les athlètes et leurs sponsors. En théorie, un athlète de l’équipe de France porte les couleurs de l’équipementier tricolore de son départ pour la compétition, à l’aéroport, à son retour de la compétition, à l’aéroport. Ensuite, il n’est plus considéré comme officiellement en équipe et doit donc pouvoir porter à nouveau ses sponsors personnels. Par conséquent, Myriam Soumaré aurait dû se présenter à TF1 en Mizuno et non être obligée de porter le survêtement de l’équipe de France.

Alors pourquoi l’avoir laissée s’y rendre ?

Nous en avons discuté avec elle juste avant. Nous avons jugé que Myriam connaissait une notoriété naissante et que nous n’allions pas la priver d’une telle exposition personnelle qui était une juste récompense de son travail et de ses performances. Nous ne sommes pas uniquement là pour afficher notre marque partout où on le peut. Un sponsor représente aussi un soutien toute l’année à ses athlètes. Nous avons des rapports quasi familiaux avec nos sportifs sous contrat, des liens affectifs. Cela fait trois ans que l’on mise sur Myriam et nos rapports sont excellents.

C’est tout de même un peu frustrant non ?

Bien sûr. On aurait pu lui dire de ne pas y aller. Cela nous a évidemment frustré de la voir en survêtement de l’équipe de France et pas en Mizuno, car c’est aussi en partie grâce à notre aide tout au long de l’année, qu’elle peut performer en bleu, blanc, rouge. Je comprends l’attitude des sponsors qui ont refusé à ses athlètes de participer au JT de TF1. Comprenez notre position de sponsor : toute l’année, nos athlètes bataillent dans des compétitions peu ou pas médiatisées. Et quand ils participent à une grande compétition, c’est dans le cadre de l’équipe de France. Leurs résultats et performances sont donc médiatiquement relayés dans le monde entier alors qu’ils sont dans la tenue de l’équipementier officiel de l’équipe de France. Alors oui c’est frustrant. On a d’ailleurs prévu de se réunir avec les fédérations pour voir si on ne pourrait pas couper la poire non pas en deux, on n’en demande pas tant, mais au moins en ¾ pour pouvoir bénéficier nous aussi des retombées des résultats de nos athlètes.

Vous auriez donc aussi pu vous élever contre la réception à l’Elysée des médaillés d’or en survêtement de l’équipe de France ?

Sourire. Non, là c’était tout de même un peu délicat même si, encore une fois, chaque sportif était à considérer à titre individuel puisqu’aucun d’entre-eux n’étaient plus dans le cadre d’une compétition. Maintenant, après cette réception, les athlètes ont été conviés dans le magasin du sponsor officiel de l’équipe de France, là encore en tenue officielle. Là, c’est plus gênant pour nous,. D’ailleurs, devant le magasin, Myriam et Martial nous ont appelépour nous demander ce qu’ils devaient faire. Ils n’avaient de toute façon pas de quoi se changer et nous ne leur avons pas interdit d’y participer. Nous avons juste envoyé un coursier à Myriam juste après cette cérémonie pour qu’elle puisse répondre à une interview de l’Equipe.fr en Mizuno.

Comment vous assurez-vous que vos athlètes fassent bien la promo de votre marque partout où ils sont ?

On ne surveille pas, tout est question de confiance entre nous. Vous savez, être affilié à un sponsor, pour la majorité des athlètes c’est comme appartenir à une famille. C’est valorisant. On n’a pas besoin de leur rappeler de porter nos couleurs. Ils le font d’eux-mêmes car ils sont non seulement fiers d’être ambassadeurs de la marque, mais aussi reconnaissants de l’aide qu’on leur apporte, de la confiance qu’on leur a accordée en les prenant sous contrat. Ils savent que nous attendons d’eux qu’ils soient des ambassadeurs de la marque, pas des commerciaux

Tout le monde se souvient de Marie José Perec qui se dandinait dans tous les sens pour montrer ses sponsors (Reebok) lors d’une interview. Ambassadeur à ce point n’est-ce pas une dérive ?

(Rires.) Je m’en souviens aussi car je travaillais à l’époque pour cette marque. La réponse est non car c’est la règle du jeu. Tout le monde la connaît. Maintenant on a certains réalisateurs télé qui jouent le jeu, d’autres non. Mais en faisant ça Perec a uniquement voulu être reconnaissante vis à vis de son sponsor. Elle n’y gagne pas plus financièrement. Seuls des bonus financiers sont accordés en cas de performance, chez Mizuno en tout cas.

Si je suis responsable d’un JT à qui dois-je m’adresser pour inviter un athlète ? A vous ? A la Fédération ?

Aux deux, ça dépend du contexte. Mais regardez ce qui est arrivé avec les JT, c’est pas très simple comme système. Il faut vraiment y réfléchir. De notre côté on pense aussi à jouer un peu plus encore le rôle d’agent.

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Vincent Rousselet-Blanc

(0) Readers Comments

  1. Désolé, je pensais que c'était clair. J'ai remanié légèrement. J'espère que c'est plus compréhensible.

  2. Merci de relire l'introduction:"Lundi soir, 2 août, alors que France 2 annonce dans un communiqué la présence dans son JT de 20h de 6 athlètes médaillés à Barcelone, c'est Harry Roselmack qui accueille dans son journal de 20h00 de TF1 4 de ces 6 athlètes (Soumaré, Diniz, Barras, Mekhissi). Le sprinteur Christophe Lemaitre et le perchiste Renaud Lavillenie manquent à l'appel, suite aux conseils de leur équipementier qui préféraient les voir à l'antenne avec leurs logos plutôt qu'en survêtement officiel de l'équipe de France (Adidas). France 2, surprise de ces négociations de dernière minute a abandonné l'affaire. Lemaitre réussit à se rapatrier sur le journal de France 3 (19/20) et TF1 récupère 4 sportifs."Incompréhensible pour un non initié: France 2 en 6, TF1 en prend 4, il en manque 2, dont un passera sur France 3… Incomprehensible !

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