Les News — 24 juin 2010




On s’attendait bien à l’entendre un jour notre Nanard. C’est fait. L’ancien président de l’Olympique de Marseille Bernard Tapie décrypte la crise des Bleus pour le Figaro (figaro.fr). Dirigeants, footballeurs internationaux, presse… Personne n’est épargné. Normal !

Le Figaro Magazine Pourquoi êtes-vous resté silencieux pendant la crise qui a frappé l’équipe de France ?

Bernard Tapie - Je n’avais pas envie de mêler ma voix au brouhaha gigantesque où se confondaient les avis des gens passionnés de foot – supporters, politiques, etc. qui ont tout à fait le droit de s’exprimer, mais dont les commentaires relèvent du café du commerce – avec les opinions de ceux dont c’est le métier. Et il est terrifiant de voir combien les premiers ont submergé les autres : un débit de conneries comme je n’en avais jamais entendu !

Comment avez-vous vécu l’affaire Anelka ?

Elle a trois niveaux de responsabilité. Le premier, ce sont Domenech, Escalettes et la Fédération, que je mets dans le même panier. Le jour où la France est éliminée de l’Euro 2008 sans panache, sans brio, sans rien de ce qui fait le football français, Domenech demande sa femme en mariage alors que tout le monde est malheureux. En gros, il se fout de la gueule des gens. Entre l’échec sportif et son attitude, il remplit toutes les conditions pour ne pas être renouvelé comme sélectionneur. Et pourtant, il le sera ! Le deuxième, c’est Anelka, qui a toujours été excessif dans sa façon de s’exprimer. Il est vrai qu’un vestiaire de football est un lieu où se passent souvent des événements comme celui-là. Sous réserve que Nicolas Anelka ait réellement tenu ces propos, je pense que la vraie faute est de ne pas avoir présenté des excuses. Mais il a des circonstances atténuantes. Il n’était pas l’avant-centre tel que le concevait Domenech. Il le lui avait dit à plusieurs reprises. Conscient des critiques que ses mauvaises performances avaient provoquées, il n’a donc pas supporté l’engueulade à la mi-temps de France-Mexique. Il a explosé. Le troisième et principal responsable de ce qui va devenir une affaire d’Etat, c’est évidemment le journal L’Equipe. Mettre de tels propos en une, c’est non seulement scandaleux, mais c’est cette manchette qui a déclenché le séisme et ridiculisé l’équipe de France.

Ils ont recoupé leurs sources…

Ce n’est pas le problème. Ce journal a stigmatisé un joueur en sachant que cela provoquerait l’anéantissement de l’équipe. A quoi cela servait-il ? L’élimination était proche et Domenech allait partir. Eux qui font de la morale à longueur de colonnes, ont fait du fric avec une manchette accrocheuse. Ils ont cherché le tirage record. Même avec les Bleus éliminés, L’Equipe a fait «sa » finale.

«L’Equipe» a brisé le mensonge de l’harmonie que Domenech et les joueurs vendaient à l’opinion…

Ça, je l’ai compris. Quand ils écrivent la veille «Les imposteurs » à la une, ils font leur boulot, mais avec «Va te faire enculer », ils ne le font plus ! Je vais vous raconter une anecdote. Pendant la finale de la Coupe d’Europe remportée par l’OM en 1993, Basile Boli s’est blessé à dix minutes de la mi-temps. Depuis la tribune, j’ai dit à l’entraîneur Raymond Goethals via un talkie-walkie de ne pas le remplacer tout de suite. Un joueur s’est approché du banc et a demandé à Goethals ce qu’il attendait pour effectuer le changement. L’entraîneur lui a répondu : «C’est l’autre con làhaut qui veut pas ! » Comme il avait laissé le talkie-walkie ouvert, j’ai tout entendu. Mais c’était dit dans le stress du match. Et Boli a marqué le but victorieux trois minutes après… Imaginez qu’on ait perdu ce soir-là et queL’Equipe ait publié sa phrase en une le lendemain. Cela aurait pris une tout autre signification que ce qui s’était vraiment passé. En mettant la sortie d’Anelka en une, ils n’ont pas raconté l’histoire, ils en ont raconté une autre, même si les mots sont authentiques.

Les joueurs ont eu raison de se mettre en grève ?

Cette grève, c’est pire que tout. En France, on accepte que des gens mal payés avec des conditions de travail difficiles la fassent. Mais là, ce sont des gars qui touchent deux à trois millions d’euros par an. Ils se comportent en enfants gâtés. Ils auraient mérité un grand coup de pied au cul. Quand on se comporte ainsi, on ne mérite pas d’autre traitement. Ce qui s’est passé est inacceptable. Quel exemple pour le pays ! Comment désavouer des chauffeurs de bus qui arrêtent le travail pour un caillassage ?

Roselyne Bachelot a essayé de leur faire passer le message.

Cette intervention est mal venue. Quand elle nous raconte qu’elle a vu des joueurs pleurer, ils devaient pleurer de rire. Je les connais trop. Le discours sur la famille, le pays qui vous regarde, je crains que cela ne les touche pas beaucoup. Malheureusement, les joueurs et leurs agents ont pris le pouvoir aussi bien en équipe de France que dans les clubs. Ils ne respectent même plus leurs contrats, qu’ils renégocient en permanence en faisant du chantage. Quand je présidais l’OM, je n’ai jamais accepté.

Les critiques s’abattent sur l’incapacité de la Fédération à gérer le football professionnel, notamment l’équipe nationale.

Le sport professionnel n’a rien à voir avec le sport amateur. C’est un business : il faut diriger des gens riches, célèbres, gérer les relations avec une ville, avec un public de masse et les risques que cela comporte. Il y a autant de différence entre eux qu’entre une école d’ingénieurs et une grande entreprise qui emploie des ingénieurs. Quant à l’équipe de France, il y a incompatibilité totale.

Que pensez-vous de l’intervention de Nicolas Sarkozy ?

J’espère que le pouvoir a d’autres priorités que le football. Je suis certain que M. Escalettes assumera et évitera de se déclarer «irresponsable mais pas coupable ». Quand il dit qu’il n’abandonnera pas le navire, il doit tout de même ajouter qu’il a contribué à le couler.

Les champions du monde de 1998 revendiquent les commandes de l’équipe nationale. Faut-il leur passer les rênes ?

Evidemment. S’il y a des gens qui ont vocation à redresser le football national à la dérive, c’est bien ceux-là. Ils ont fait leurs preuves. Les résultats de Laurent Blanc et de Didier Deschamps avec leurs clubs sont là.

Share

About Author

Vincent Rousselet-Blanc

(0) Readers Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>